Souvent estimé comme étant le premier film pornographique d’auteur, L’Empire des sens s’appuie sur une histoire vraie pour ébranler les mœurs japonaises.

Affiche du film L’Empire des sens de Nagisa Oshima

En 1936, à Tokyo une servante, Sada Abe, ancienne geisha et prostituée, rencontre son maître qui deviendra peu à peu son amant : Kichizo. Ensemble, ils vont gravir les étapes de l’érotisme pour atteindre le point culminant de non retour.  

L’Empire des sens est bien plus qu’une œuvre pornographique bien qu’il est vrai que Nagisa Oshima propose une représentation frontale de la nudité. La variété encyclopédique des positions sexuelles qui rappelle le Kamasutra, le voyeurisme exercé par la présence constante de personnages qui regardent ou entrent dans la pièce ainsi que les moments exhibitionnistes où les amants s’adonnent à des jeux érotiques constituent une trame narrative construite de manière à mener et à préparer le spectateur à la scène finale : la castration.

En ayant recours à la pornographie il brise des tabous et s’attaque directement à la censure japonaise. Le fait que la mise en scène montre un personnage féminin qui domine, sur le plan figuratif, ses relations sexuelles est politique. C’est une image symbolique du gain de pouvoir des femmes de basses classes ainsi que le renversement des rôles entre le maitre et la servante. Les rôles genrés de l’homme et de la femme dans un cadre intime sont mis à mal. Il y a une transgression des discours dominants des rôles de l’homme et de la femme dans la société japonaise par une représentation sexuelle explicite afin de proposer une alternative à l’idéologie associée à la représentation de la femme.

Extrait du film L’Empire des sens (1976)

En amenant le spectateur à penser que le désir est une fin en soi avec cette fameuse scène finale, Nagisa Oshima fait d’Abe Sada un symbole. La représentation violente de l’érotisme fait tomber le stéréotype selon lequel la femme japonaise serait soumise. Ainsi, ce personnage symbolise la fin de la domination masculine, la libération de la femme, une profonde libération sexuelle ainsi qu’une liberté d’expression. En contrepartie, Abe Sada illustre également l’horreur qui peut être associé à la libération féminine, la femme étant libérée peut par conséquent devenir dangereuse pour les hommes. En définitive, elle marque la fin de la phallocratie, la fin symbolique de la domination masculine.

Cette version restaurée permet donc de redécouvrir ce drame érotique. Inspiré de faits réels ayant bouleversés l’imaginaire collectif des Japonais, ce chef d’œuvre cinématographique démontre aussi bien l’authenticité de l’acte sexuel que son aspect pernicieux. Il donne également une nouvelle dimension à la femme japonaise trop souvent ancrée dans des stéréotypes peu flatteurs. Courrez-y !