Hello darkness my old friend…

Jeune diplômé, Benjamin revient passer l’été chez ses parents. Alors qu’il se sent un peu perdu face à son avenir, une amie de ses parents, Mrs Robinson, lui propose d’entretenir une liaison avec elle, malgré son statut de femme mariée.

Étudié dans toutes les facs de cinéma, Le Lauréat est aujourd’hui considéré comme un monument du Nouvel Hollywood. Produit en 1967, il présente les changements sociaux et culturels du moment et annonce ceux à venir. C’est aussi le film qui a permis à Dustin Hoffman d’accéder à la célébrité, lui offrant la carrière de grand acteur qu’on lui connait aujourd’hui. Bien que l’idée de voir un jeune homme avec une femme mûre puisse choquer à l’époque (et aujourd’hui encore, les réactions envers le couple Macron en sont une bonne preuve), l’interprète de Benjamin, loin d’être aussi jeune que son personnage, n’avait pas un si grand écart avec Anne Brancroft, sa partenaire.

La modernité du Lauréat ne se limite pas seulement à ses thématiques mais s’applique également à sa forme. La bande son, signée Simon & Garfunkel, dans une utilisation novatrice d’un tube populaire au cinéma, rythme le quotidien de Benjamin, en tant temps que les répétitions d’effets de mise en scène. Etouffé par ce monde d’adultes qui l’entourent et l’effraient, Benjamin, poisson pris au piège, se retrouve devant un aquarium, enchaînant avec une après-midi à dériver sur un matelas pneumatique, sautant dans l’eau pour éviter les discussions de « grandes personnes ». La dérive est ce que le protagoniste semble le mieux connaître, avec une intégration imparfaite dans l’American way of life qu’on lui impose, une famille aisée, des parents aimants mais une absence totale d’objectif de vie. Coincé dans la perspective une vie qui lui semble démodée et ennuyeuse, Benjamin se cherche, abandonnant progressivement ses airs gauches pour une confiance nouvelle. Pour transmettre ce sentiment d’impuissance, Mike Nichols capture également le spectateur, lui proposant de partager, de manière presque hypnotique ou du moins sensorielle, le quotidien sans saveur mais pourtant fascinant de son héros. Et, malgré les années, l’effet fonctionne toujours aussi bien, cette nouvelle version de Sound of Silence enregistrée spécialement pour le film s’inscrit dans les esprits et la liaison entre Mrs Robinson et Benjamin intéresse autant qu’elle rebute. Rares sont les films à avoir aussi bien vieillis.

Extrait du Lauréat

Le Lauréat utilise pourtant une formule vieille comme la nuit des temps (ou presque) avec une tournure de comédie romantique aux accents romanesques très classiques. Alors que les élans charnels de l’été s’évaporent, Benjamin est rattrapé par la réalité, alors qu’il rencontre et malgré l’interdiction de son amante, Elaine, sa fille, qui a le même âge que lui. La vie continue son déroulement mais avec une passion nouvelle, qui permettra une séquence finale aussi culte que jouissive. Mais à aucun moment le film bascule une quelconque niaiserie, au contraire, le délicat parfum doux-amère des difficultés de la jeunesse subsiste, ne se laissant jamais sombrer dans la facilité. Enfin, le plan final est à l’image d’un bon nombre d’autres plans de l’œuvre : lourd de sens malgré une apparente simplicité, iconique et marquant.

Malgré ses 50 ans, Le Lauréat n’a rien perdu de sa splendeur, au contraire. Toujours aussi moderne et hypnotique, il traite de sujets à la fois propres à son époque et toujours d’actualité, puisque symbolisant chaque renouvellement générationnel. Une petite merveille culte qui ressort en version restaurée pour notre plus grand plaisir, à voir et revoir.