Qui se cache derrière George W. Bush ? Oliver Stone revient sur la vie d’un président motivé par le combat du terrorisme.

Affiche du film W. : L'improbable président réalisé par Oliver Stone

Affiche du film W. L’improbable président réalisé par Oliver Stone

George W. Bush, 43ème président des Etats-Unis, est issu d’une famille de politiciens, pourtant il n’était pas destiné à occuper ce poste. De garçon indécis sur son avenir et alcoolique à l’homme à la tête de la plus haute puissance mondiale, Oliver Stone nous emmène dans la vie privée du président le plus détesté du pays.

On peut dire qu’Oliver Stone est un habitué des biopics, en particulier ceux concernant les représentants de son pays. Après JFK en 1991 et Nixon quatre ans plus tard, le réalisateur s’attaque à la vie de George W. Bush, le président le moins apprécié par son peuple avec W. : L’improbable président. Le film sort alors qu’un changement est en passe de se produire suite à l’élection d’Obama, comme un besoin de trouver une réponse face à ces huit ans de mandats et à cette guerre mise en route par le président. La guerre, le sujet nerf du film, un conflit lancé par Bush et incompris par la population. Stone a fait le choix de se plonger dans le passé et la jeunesse du personnage, afin de mieux le comprendre, de cerner ses choix politiques ; il cherche à montrer l’homme derrière la bête politique. Bush, qui semblait être un personnage fort, un homme sans faiblesse, est montré par le réalisateur comme quelqu’un dévoré par des obsessions qui hanteront sa carrière politique autant que sa vie privée. Manipulé par ses conseillers, avec ce film sans concession, le réalisateur brise le mythe de la figure diplomatique.

Plusieurs thématiques reviennent de façon récurrente au sein du film, des fils directeurs auxquels le personnage s’accroche, qui définissent sa personnalité. La figure paternelle est un de ces sujets majeurs. C’est quelque chose d’omniprésent dans W. : L’improbable président ; Bush père est une obsession pour George qui régit sa vie autour de cela. Sa carrière politique ? Il se lance dans le domaine avec l’espoir d’obtenir un peu de reconnaissance familiale mais surtout patriarcale. Ce qui compte pour le personnage ce n’est pas la manière dont l’extérieur le perçoit, Stone ne met pas en avant le côté public de sa carrière. L’important pour W, comme il est souvent nommé, c’est le regard de son père sur sa carrière et sur lui. W. : L’improbable président n’est pas seulement l’histoire d’une carrière politique, c’est aussi celle d’un enfant à la recherche d’amour paternel. Le réalisateur montre cette emprise du père sur son fils à travers diverses scènes, dont cette séquence de cauchemar dans le bureau ovale. La déception de Bush senior signe la chute du président qui perd alors son assurance légendaire en public, en témoigne cette scène de conférence de presse où ce dernier est incapable de répondre. De manière globale, le film se passe au sein d’une sphère privée, nous plongeant dans l’intimité du personnage. Ce qui intéresse ce n’est pas tant sa carrière qui est connue de tous, mais ce qui l’a poussé à mener une telle politique.

Extrait de W. : L'improbable président réalisé par Oliver Stone (2008)

Extrait de W. L’improbable président réalisé par Oliver Stone (2008)

La politique, George Bush ne semble rien y connaître, le personnage affirmant d’ailleurs dans les premières scènes qu’il ne souhaite pas suivre le chemin de son père, et pourtant, il y plonge, assoiffé de reconnaissance de la part de son patriarche. Ce qu’il a pour lui, à défaut d’avoir le tact d’un politicien, c’est un talent oratoire. George est un homme proche du peuple qui sait ce que ses concitoyens veulent entendre, il connaît leurs habitudes, il les partage. Mais la politique est quelque chose qui le dépasse, trop complexe pour un protagoniste qui cherche à aller à l’essentiel, qui vit dans l’action, vouant une confiance aveugle à ses conseillers. Le 11 septembre est un événement traumatique, un souvenir amer omniprésent, mais cette guerre ce n’est pas simplement une question de vengeance. Cette offensive c’est aussi une façon de surpasser Bush père, d’aller au bout de ce qu’il n’a pas eu le courage de finir. Quand Colin Powell émet des réserves face à cette guerre, les autres conseillers, eux, y voient une opportunité, celle de sauver le pays selon le président, mais qui est en réalité celle de s’approprier des ressources naturelles présentes en Irak. L’impact de ses choix, Bush s’en rendra compte une fois la guerre finie, face à ses soldats blessés, à la vie bouleversée par une décision relevant de l’ego. Mais il va aussi se rendre compte de la manipulation politique de ses conseillers, se retrouvant alors face à une pression sociale qui lui fera perdre tous ses moyens.

Avec la fin de cette guerre, Bush se rend compte que sa conception du monde ultra manichéenne n’était pas exacte. A ses yeux, peu importent les dégâts causés par la coalition américaine, ce sera toujours plus acceptable que les actes commis par Saddam Hussen. A travers lui était figurée l’idée d’un homme dont le but était de remettre tout un peuple dans le droit chemin en lui imposant une démocratie, peu importe ce qu’il en coûte. Fervent croyant, il ne cesse de faire référence à Dieu pour justifier cette décision incomprise par un grand nombre, faisant de lui une sorte de Messie, un Jésus du XXIème siècle appliquant la voix divine afin de convertir le peuple irakien. Cette guerre c’est le combat de sa vie, sa motivation pour quitter son ancienne vie, celle d’un alcoolique sans but. Cette dimension d’homme imparfait, Oliver Stone la met en scène à travers un personnage purement humain, qui mange, qui boit constamment et sans délicatesse. Josh Brolin incarne le rôle à la perfection ; outre la ressemblance physique, l’acteur reprend avec précision ces tics qui le caractérisent. Malgré un sujet lourd, qui aurait pu prendre le pas sur l’esthétique, il n’en est rien. Stone marque son œuvre, utilise sa caméra pour renforcer son discours. Bush est ainsi filmé à plusieurs reprises en plan serré, signe du poids de son nom qui pèse sur ses épaules et qui n’est autre qu’un handicap à ses yeux.

Le parti-pris d’Oliver Stone avec W. L’improbable président n’est pas tant de montrer l’homme politique mais plutôt de montrer ce qui a construit l’homme. Il ne s’agit pas seulement d’un président mais de son ascension et du poids de son nom qui pèse sur ses épaules. Sans doute motivé par le besoin de trouver une réponse à cette guerre, le réalisateur nous offre une œuvre accomplie avec un travail esthétique présent mais surtout une manière d’aborder le biopic intéressant.