Rencontre avec le casting d’Orpheline

Comment a été conçu ce film très ambitieux ?

Alors que le film était prêt pour Cannes 2016, c’est finalement quelques mois plus tard, à Toronto, San Sebastian et puis Namur, qu’Orpheline a débuté sa carrière en festivals. Il débarque enfin dans nos salles. Nous avons rencontré l’équipe du film en octobre dernier lors du Festival International du Film Francophone de Namur.

Avec Orpheline, Christelle Berthevas, la scénariste du film et compagne d’Arnaud Des Pallières, le réalisateur, met en scène certains événements de sa vie. Ils avaient déjà co-écrit Michael Kholhaas ensemble, un film qui manquait de personnages féminins à leur goût. « Ce fut le point de départ. On avait aussi envie de retravailler ensemble. De mon côté, je développais une écriture. J’avais un dossier sur mon ordinateur qui s’appelait « 11 ans de ma vie » dans lequel il y avait des fragments d’histoires, de l’enfance, l’adolescence et du jeune âge adulte. Arnaud connaissait cette histoire et il voulait que je travaille dessus. Dès le départ, on avait cette intuition que, quand on raconte sa vie, on la raconte de façon décousue, en mettant tout sur la même temporalité, le même niveau. Souvent, on en laisse filer le centre, on ne le donne qu’au dernier moment, en dernier ressort. Pour nous, l’histoire de la petite fille est la plus forte et rémanait sur tout le reste.« 

A cela, Arnaud Des Pallières a réagi, réaction qui a engendré un débat des plus intéressants. « Ca fait plusieurs fois que je t’entends dire que l’histoire de la petite fille est le centre et je ne reconnais pas ça du tout. Pour moi, le centre est partout. Il n’y a pas un point de l’histoire, il n’y a pas de centre. Je trouve qu’on a fait quelque chose de plus intéressant que ce qu’on avait pensé au départ, ce truc de l’oignon qu’on dépluche… Je ne reconnais pas ce qu’on a fait en disant ça. Pour moi, le centre est partout. A chaque fois que je suis dans une histoire, je me dis que c’est là qu’est le centre et que tout s’organise autour de ça. Le centre se déplace pour moi. C’est une espèce de géométrie subjective.« 

« Si je suis honnête, je dirais que je ne suis pas responsable de tout dans le film. Le réalisateur n’est pas une espèce de démiurge qui déplace ce qu’il veut quand il veut. » – Arnaud Des Pallières

Prendre quatre actrices différentes était un pari osé de la part du metteur en scène. L’une des actrices choisies est Adèle Haenel, qui ne cache pas son amour pour le film. « J’adore le film. J’étais super heureuse quand je l’ai vu. Je le trouve magnifique. Je ne saurais pas dire pourquoi. Le chemin au travers des identités renouvelées pour digérer la violence, pour réussir à se libérer du concept d’identité, ça me touche. Les identités sont des pas vers la vérité. Le film parle de ce chemin pénible à faire jusqu’à ce qu’on voit qui on est. C’est pour ça que ma touche.« 

 « J’adore le concept des quatre actrices pour un personnage. C’est une question de configuration. Pas à l’américaine. La question de la ressemblance se pose. Les critiques ont pointé du doigt le fait qu’elles ne se ressemblent pas. On l’a compris et on s’en fout parce que c’est un geste et un code de cinéma. Il y a des petits signes qui le montrent, le rouge à lèvre, le flingue,… Ca aurait pu le faire, on s’est posé la question. Poser des petites gestes par exemple. On a décidé de ne pas le faire. Pas que le signe aurait posé problème mais ça aurait imposé une certaine façon de jouer. Pendant les essais on s’est posé la question. On n’a pas la même couleur d’yeux par exemple. Mais on s’en fout. C’est un beau signe de liberté. J’adore le côté chasse au trésor du film. Quand tu regardes le plan, parce que tu es attentif, tu vois quelque chose que les autres ne voient pas. Parce que c’est ton travail mental. Je trouve ça génial. » 

Solène Rigot, une des trois autres interprètes abonde dans ce sens. « Au final, les seuls éléments qui relient les personnages, ce sont des personnages extérieurs ou des objets. Arnaud voulait que chaque actrice vive sa partie à fond. C’est lui qui fait que tout fonctionne. Chaque personnage, chaque partie a une force et c’est ce qui rend le film fort. Et puis les différences de jeu entre les deux Adèle et moi, ça passe plutôt bien parce que ce sont des âges différents et donc des manières d’être différentes.« 

Finalement, le plus difficile pour Solène Rigot, ce fut la scène de danse. « C’est la scène de danse que j’appréhendais le plus. J’ai bossé dessus pendant 1 mois. Ce qui est chouette c’est que c’est le moment où elle est la plus heureuse en plus. » Des challenges techniques, il n’y en a pas eu tellement. Vu sa richesse et sa complexité, la difficulté pour Arnaud Des Pallières, ce fut celle du montage. « On était un peu en retard donc j’ai engagé 2-3 monteurs en plus de la monteuse avec qui je travaille. On leur a montré une première version pas achevée. Le premier retour de ces monteurs était que, pour eux, c’était très clair que le personnage est une héroïne, pas une victime. C’est ça qu’il faut transmettre. Il fallait augmenter le sentiment que cette fille est une locomotive. » Et effectivement, ç’en est une.

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