Rencontre avec Samantha Schnitzler, une actrice, danseuse et cascadeuse française qui travaille entre Londres et Los Angeles.

Si Samantha a pour signe astrologique le Taureau, n’y voyez pas un pur hasard. A 28 ans, cette jeune française est une fonceuse, actrice, mais aussi cascadeuse, danseuse, mannequin… Elle a plus d’une corde à son arc et en a fait son métier à plein temps, entre Londres et Los Angeles. Loin de Paris et de ses attaches familiales, c’est une femme bad-ass, sexy et diablement intelligente, motivée et pleine de vie, qui mène une carrière où se croisent des blockbusters comme des petits courts métrages d’étudiants.

Son histoire, ses trajectoires, ses envies, Samantha Schnitzler nous les confient au détour d’une rencontre qui nous en apprend plus sur comment l’industrie fonctionne en coulisses, de quoi vivent ces acteurs méconnus loin des paillettes et du strass, comment une femme comme elle est vue par les casteurs, agents ou metteurs en scène. Mais tout a un commencement. Avant de botter des culs et afficher sa sensibilité, tantôt violente, tantôt mystérieuse et envoûtante, Samantha a débuté en France, loin des caméras. « J’ai commencé la danse avant l’acting, mais j’ai toujours été attiré par la comédie, nous dit-elle . A 16 ans, j’ai passé l’été au Cours Florent où j’avais été acceptée pour la suite, la condition étant d’avoir 18 ans. A la fin du lycée, j’avais une forte envie d’aller au Conservatoire de Paris et en même temps, mes parents voulaient que j’ai un diplôme, un back-up. J’ai donc passé quatre ans en école de commerce international, tout en continuant mes trucs à côté. Je l’ai terminé par un stage à Montréal, comme assistante de communication dans une école de danse, où j’ai poursuivi également une formation de danse contemporaine. »

No matter how fast you’d like things to go, don’t lose your focus.

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L’aventure commence alors au Canada, où elle passe ses premiers castings. « Je me suis pris des claques. Ca a été dur psychologiquement », avoue-t-elle, avant d’évoquer une anecdote précise : « Je me souviens d’une audition pour Le Cirque du Soleil, un rêve pour une danseuse. J’y vais et il s’est avéré qu’ils faisaient une audition pour toute la côte est, y compris New York. Et ça a été un échec. Je me suis pris la claque de ma vie, parce qu’à un moment donné il faut se confronter à la réalité des choses. J’ai déprimé pendant une heure et après je me suis dit, ‘Ok, maintenant, il faut travailler, bosser, bosser.’ »


Des premières déceptions, résultent les premières joies, les premières expériences. « J’ai fait mon premier long là-bas », glisse-t-elle. Le film en question s’intitulé Too Tall et a été réalisé par Ivan Peric. Dès lors, plutôt que de poursuivre l’aventure au pays des caribous ou, mieux, en Californie, Samantha revient en Europe et s’installe à Londres. Là-bas, la débutante se cherche puis se trouve. De la danse, elle commence à se complaire dans les arts martiaux. Elle touche à tout, des chorégraphies à l’acting, en passant par les cascades, un secteur qui lui ouvre les portes d’une première expérience hollywoodienne : Pan. « Quand j’ai bossé sur le film Pan, on faisait des scènes de combat, on était 15 et tous s’entraînaient pour être cascadeurs mais ne l’étaient pas encore. C’est là qu’on m’a demandé si c’était ce que je voulais faire. Et clairement, c’était non. Par contre, je voulais continuer en combat, explique-t-elle. Dans ma démo, j’ai plusieurs vidéos de comédie, et à la fin une petite scène de combat. Et c’est celle-là qui revient constamment dans l’esprit des gens. »

Samantha Schnitzler – Showreel 2017 from Samantha Schnitzler on Vimeo.

Samantha Schnitlzer en est persuadée, « il y a une niche pour les filles dans ce secteur ». Celle qui croit « beaucoup plus à l’entraide qu’à la compétition » a trouvé sa place dans cette niche où elle excelle, à force de travail et d’expériences. Après s’être plus concentrée sur l’acting, et enchaîner les expériences, elle commence à penser à l’Amérique. Le rêve américain. Bercée par Lara Croft, rêvant d’un rôle « à la Lisbeth Salander dans Millénium », Samantha est justement en train de réussir son coup. Rien d’impulsif, tout est réfléchi. « Je voulais y aller avec des choses à présenter, en me sentant prête. Je n’avais pas envie de me prendre une claque de la gueule. J’y allais pas me disant que j’allais être découverte par Spielberg ou autres », assure-t-elle.

On découvre – comme elle à l’époque – qu’il y a une très grosse différence entre l’industrie à Londres, et celle d’Hollywood. Certaine que son marketing correspond encore plus au marché américaine, elle qui lorgne vers les productions Marvel ou encore les innombrables séries Netflix ou HBO, Samantha se découvre une autre facette de son « casting-type ». « Je vends des choses très différentes au Royaume-Uni et aux Etats-Unis, nous dit-elle. Ma coach à Los Angeles avait regardé mes portraits et m’a dit : ‘Ok, ce que tu vends au Royaume-Uni, c’est un garçon manqué bad-ass. Ce que tu vas vendre aux USA, c’est bad-ass et sexy.’ Tu m’aurais dit ça il y a an, je ne l’aurais pas forcément bien pris, je ne suis pas mannequin, je ne vends pas mon look mais mes capacités, mes talents en tant que comédienne. Et quand tu regards mes portraits, à Londres et à Los Angeles, ils n’ont absolument rien à voir. » Et en effet :

Elle poursuit : « Ce que je vends également aux Etats-Unis, c’est la fille qui peut faire ses propres cascades. Ce n’est pas mon métier à proprement parler, mais j’aime les cascades, j’aime le combat. Et aux Etats-Unis, il n’y a pas cette espèce de ségrégation entre cascadeurs et acteurs. Il y a des gens qui font les deux, comme sur des séries comme Daredevil, où ils castent des gens qui font les deux. En Angleterre, je me vends uniquement comme comédienne, parce que si tu commences à dire je suis comédienne et je suis danseuse etc, il y a une petite dé-crédibilisation. Aux Etats-Unis, il y a plein d’acteurs qui savent danser, jouer, danser… Au Royaume-Uni, ça ne fonctionne dans le milieu des comédies musicales. »

Là-bas, elle découvre un autre état d’esprit. Le tout-optimiste est un arbre qui cache la forêt. «  Les Américains adorent le fait que tu sois français par exemple, que tu puisses tout faire. Je me suis senti hyper à l’aise à Los Angeles, nous avoue-t-elle, tout en restant les pieds sur terre face un mode « extrêmement compétitif ». A l’écouter, « il y a beaucoup d’opportunités » pour des gens comme elle. De même, loin des poncifs que l’on image dans une industrie qui juge le physique et nous paraît comme artificielle, les directeurs de casting joue sur « l’humain, plutôt que le CV ».

Look like a girl. Act like a lady. Think like a man.

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Parlant de CV, celui de Samantha est plutôt éclectique. Entre différentes collaborations loin des gros projecteurs, la belle brunette expérimente les grands plateaux. Outre Pan, elle a un petit rôle dans Grimsby. « On avait deux jours de reshots, c’était une scène où on était dans un spa dans lequel Sacha [Baron Cohen, NDLR] débarque en pensant qu’on était là, détendu, persuadé qu’on est des prostituées qui font partie d’un réseau criminel », raconte-t-elle humblement, dépeignant le trublion britannique quelqu’un « sérieux, bosseur, qui sait ce qu’il veut ». Elle a également joué dans Justice League sur lequel elle a bossé pendant six mois, de mars en septembre, et a incarné une des filles amazones dans le cadre de scènes de combat sur fond vert.


De ses expériences à grande échelle, Samantha apprend beaucoup, observe. Elle découvre aussi qu’elle n’est pas un simple outil, une petite figurante. Comme sur Pan, où elle dresse le portrait du réalisateur Joe Wright, « un mec fantastique, très proche des gens avec qui il travaille, que ce soit les acteurs, la producteur, les cascadeurs, les figurants ». « Il prend tout le monde en considération », assure-t-elle. A l’inverse, sur Doctor Strange, l’expérience est courte, fulgurante mais pas forcément frustrante. « J’ai fait deux jours de slow-motion sur Doctor Strange, j’ai bossé avec le réal de la deuxième unité, je n’ai jamais eu la chance de bosser avec le réal principal [Scott Derickson, NDLR] », déplore-t-elle.

C’est pas grave si parfois, tu manges des pâtes. Faut parfois serrer la vis

Prête à aller toujours plus loin, Samantha n’en oublie pas une réalité : rien n’est joué d’avance. Pour cette battante qui a préféré l’insécurité aux contrats longue durée, les expériences multiples plutôt que la formation unique, tout est choix. Elle n’a (presque) aucune attache et se dit libre de prendre n’importe quel risque. « C’est pas grave si parfois, tu manges des pâtes. Faut parfois serrer la vis », philosophe celle qui, comme beaucoup d’anonymes dans ce milieu, a galéré. Pourtant, Samantha vit plutôt bien. C’est son côté sécuritaire, quand le lion devient un peu écureuil. « Je préfère mettre de côté pour produire mon prochain court métrage plutôt que de m’acheter un sac de créateur », glisse-t-elle. Et c’est à cette philosophie de vie que l’on pourrait résumer cette Française qui brille loin de nos contrées, à promouvoir bien malgré elle une forme d’excellence qui devrait en inspirer plus d’un(e)s.

Pour en savoir plus : Son site officiel

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