Suicide Squad est l’une des sorties cinéma les plus attendues de l’été, surtout pour la prestation de Jared Leto dans le rôle du Joker. Mais comment a été interprété ce personnage par le passé ?

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Le Joker interprété par Jack Nicholson dans le Batman de 1989

Le Joker, interprété par Jack Nicholson dans Batman de Tim Burton (1989)

 

Le Joker est un personnage emblématique de DC Comics, l’ennemi juré de Batman. Tous deux sont très liés puisque la première apparition de ce méchant adoré du public remonte au Batman #01 en 1940, mais aussi parce que tous deux se complètent. Créé par Jerry Robinson, Bill Finger et Bob Kane, il s’agit du personnage le plus complexe de l’œuvre de ce dernier. En effet, le Joker a développé de nombreuses facettes : personnage très intelligent, il s’agit d’un psychopathe maître du crime doté aussi d’un sens de l’humour très particulier, que l’on peut qualifier de sadique.

 

Si le Joker est un personnage si populaire, c’est sans aucun doute dû à son passé mystérieux. Il en existe plusieurs versions : fou évadé d’un asile ou encore humoriste raté. Mais la plus connue d’entre elles est celle de sa chute dans une baie de déchets qui l’aurait défiguré et rendu fou. Bien que son passé varie selon les versions, si une chose est propre au Joker c’est son physique. Reconnaissable à son teint blafard, ses cheveux verts mais surtout à son sourire ; d’une adaptation à l’autre ces caractéristiques très particulières restent sensiblement les mêmes. Le Joker était en fait prédestiné à apparaître à l’écran puisqu’il est inspiré du personnage de Gwymplaine interprété par Conrad Veidt dans le film de Paul Leni L’homme qui rit. Ainsi, on peut le retrouver dans chaque adaptation de Batman au cinéma, mais toujours abordé différemment, ce qui ne fait qu’accentuer son aura.

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Le Joker interprété par Cesar Romero dans le Batman de Martinson

Le Joker, interprété par Cesar Romero dans Batman de Leslie H. Martinson (1966)

 

Batman réalisé par Leslie H. Martinson en 1966

 

Adaptation de la série du même nom comportant le même casting, Batman est la première version du super-héros et de ses ennemis sur grand écran. Interprété par Cesar Romero, l’histoire du Joker n’est pas développée, tout comme celle des autres protagonistes. Le spectateur sait donc très peu de choses sur le personnage, ce qui est accentué par le fait qu’il n’est pas au centre de toutes les attentions. En effet, dans ce film les super-méchants se sont ligués pour mener à bien leur plan. Le Joker se retrouve alors noyé entre Mr Pingouin, le Sphinx et Catwoman, cette dernière prenant largement la tête du groupe. Ce parti pris scénaristique ne laisse pas beaucoup de place au développement des personnages. On sait donc très peu de choses sur le Joker, si ce n’est que c’est un farceur qui regorge de gags tous plus fantasques les uns que les autres. Tout le côté psychopathe que l’on retrouvait jusqu’alors dans les comics est effacé au profit d’un humour absurde et premier degré.

 

Avec ce film donc la personnalité du Joker est seulement effleurée, il ne ressort pas comme étant un personnage à part entière mais fait plutôt partie d’un groupe, ce qui ne permet pas d’exploiter tout son potentiel. De plus, le lien puissant qui l’unit à Batman n’est pas développé, ce qui prive les deux personnages d’un développement psychologique intéressant. L’impact du personnage dans le cas de ce film est donc minime et ne suscite pas la curiosité du spectateur. Toutefois, Batman étant inspiré de la série du même nom, il doit être perçu comme une continuité de cette dernière, comme un épisode de plus.

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Batman réalisé par Tim Burton en 1989

 

De son nom d’origine Jack Napier, dès le début du film il est indiqué qu’en plus d’avoir été reconnu coupable d’attaque à main armée dans son adolescence, le futur Joker est aussi l’assassin du couple Wayne. Son lien avec Batman est de fait renforcé. Devenu le bras droit du mafieux Carl Grissom, Napier entretient sans gêne une liaison avec la petite amie de son patron. Grissom, qui décide de se venger, envoie Jack dans l’usine de produits chimiques où il tombe nez-à-nez avec Batman. C’est au cours d’un face à face entre les deux antagonistes que Batman pousse accidentellement Napier dans une cuve d’acide. Le gangster y survit mais se retrouve défiguré. Il va alors prendre le surnom de Joker. Ayant assassiné Grissom, il prend la tête de la mafia et entreprend  de commercialiser du Risex, l’acide qui l’a transformé, au sein de produits de beauté, causant la mort de ses consommateurs.

 

Dans ce film, Burton a fait le choix de développer le passé du Joker, une grande partie de l’œuvre y étant consacrée. Interprété par Jack Nicholson, le personnage lui colle à la peau, ne serait-ce que pour la performance réalisée. Avec ce parti pris de consacrer une partie importante du film au passé du Joker, il devient un personnage à part entière et plus seulement un simple ennemi de Batman. Les actions de ce personnage malfaisant trouvent un sens et ne sont plus réalisées dans le simple but de nuire à la ville puisqu’il s’agit d’une vengeance personnelle. Ce choix permet d’assouvir la curiosité du spectateur vis-à-vis de l’histoire du Joker mais aussi de nourrir la passion autour de lui. Ce qui est intéressant dans cette adaptation c’est le lien entre les deux personnages qui est renforcé. En effet, Wayne endosse le costume de Batman suite à l’assassinat de ses parents par Jack Napier et ce dernier devient le Joker suite à la chute provoquée par Batman. Ils sont donc l’un et l’autre à l’origine de leurs personnages.

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Le Joker interprété par Heath Ledger dans le Batman de Christopher Nolan

Le Joker, interprété par Heath Ledger dans Batman, The Dark Knight de Christopher Nolan (2008)

 

The Dark Knight réalisé par Christopher Nolan en 2008

 

Le Joker mis en scène par Nolan est sans doute l’une des adaptations cinématographiques les plus complexes du personnage. Son passé est un vrai mystère pour le spectateur puisque tout au long du film il en donne diverses versions, empêchant ainsi de le cerner totalement. Mais il regroupe plusieurs caractéristiques propres au personnage. On fait donc face à un être psychopathe et instable d’un point de vue mental, et doté d’un sens de l’humour sadique. Il s’amuse du choix cornélien qu’il impose à Batman, faut-il sauver Rachel ou Harvey ? Il se rit aussi de la justice, jouant avec les forces spéciales en camouflant des otages en hommes armés. Même si le Joker ne parle pas explicitement de son passé, son attitude laisse transparaître quelques détails permettant de développer certaines théories. Il sait par exemple manier les armes de guerre et organise le braquage parfait, ce qui laisserait supposer qu’il aurait pu faire parti des forces spéciales ou alors qu’il s’agit d’un gangster aguerri. Cette dernière idée reprendrait alors son passé le plus exploité au cinéma jusqu’à présent.

 

Dans The Dark Knight le Joker est donc un personnage à la psychologie complexe, laissant entrevoir des indices sur son passé tout en suscitant la curiosité du spectateur. L’interprétation de Heath Ledger, plus psychologique et sombre, est sans aucun doute la source de cet engouement du public pour cette adaptation du personnage. Et bien que son passé soit flou, ses intentions elles sont bien claires : semer le chaos dans Gotham. Le Joker manipule dans ce but Harvey Dent, le symbole de la justice pour le convaincre de se venger des mafieux, des policiers corrompus mais aussi de Gordon et Batman ; il exprime très clairement le désir de semer le chaos dans la ville.

 

Le Joker c’est donc un personnage qui, au fil de ses adaptations cinématographiques, a su s’imposer à l’écran et attiser l’intérêt du public. Il est passé de simple personnage, ennemi de Batman, à un protagoniste à part entière avec ses propres fans. Sa psychologie complexe mise en image par Bob Kane a été au fil des décennies travaillée et approfondie, pour en faire un personnage insaisissable, sûrement le plus énigmatique de tous les super-méchants.

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