A l’occasion de la sortie d’Interstellar, nous vous avons proposé une rétrospective complète de l’oeuvre de Christopher Nolan. Nous ne pouvions pas nous arrêter là, c’est pourquoi nous vous proposons maintenant une analyse de son oeuvre.

Avertissement. Cette analyse est basée sur la filmographie de Christopher Nolan et intègre donc des faits, moments, scènes, personnages précis des différents films réalisés. Ceux qui n’ont pas vu ces films sont donc sujets à être spoilés. Si vous voulez éviter cela, n’allez pas au delà de l’introduction et regardez ces films avant de lire cette analyse.

Christopher Nolan

Christopher Nolan

 Introduction

Des réalisateurs sur les noms desquels on se base pour promouvoir un film, il y en a de moins en moins. Pas que les réalisateurs de maintenant soient moins bons qu’il y a quelques années (quoique certains puristes l’affirmeront probablement) mais, depuis un certain temps, les majors préfèrent vendre un film avec la mention « par le réalisateur de » ou « par les producteurs de » ce qui est évidemment extrêmement réducteur. Pour la promotion d’Interstellar, il en est de même pour certaines bannières où il est mis « par le réalisateur de la trilogie The Dark Knight et Inception » mais c’est tout. Nolan jouit déjà d’une solide réputation et Intersellar ne fera qu’accentuer cela, quel que soit le résultat du film.

Dès son second long-métrage, Memento, Nolan avait frappé fort. Très fort. Sa construction générale était habile et intelligente, que ce soit au niveau narratif, au niveau du montage ou bien de la réalisation elle-même. Cependant, réduire Chris Nolan à des films d’auteurs plus ou moins complexes serait ridicule. Il a pu prouver qu’il maitrisait les codes des blockbusters, ce qu’il a fait avec son excellente trilogie Batman avec Christian Bale dans le rôle-titre. Certains cinéphiles n’hésitent d’ailleurs pas à citer The Dark Knight comme un des meilleurs films de super héros. Parfois, la frontière entre film d’auteur et blockbuster est floue. Inception est plutôt de quel bord ? Quels sont les points communs et les différences entre ses films, c’est ce que nous allons tenter d’analyser.

Récapitulatif de l’œuvre

Avant de se lancer dans de l’analyse pure et dure, un petit récapitulatif de l’œuvre de Nolan s’impose afin de bien comprendre les tenants et aboutissants et de tous partir sur la même base. Ce récapitulatif est assez bref. A chaque film mentionné, un lien vous redirigera vers la critique de ce même film, critiques écrites dans le cadre de notre rétrospective sur le réalisateur.

Nolan a débuté sa carrière avec de vrais films d’auteurs. Insomnia, Memento, ce sont des films à petits budgets qui s’inscrivent pleinement dans une logique de films indés. Après ces films, il a eu les commandes d’une franchise qui avait auparavant déçu les financiers, Batman. Il a réussi son passage vers les blockbusters avec Batman Begins qui est un blockbuster classique comme le sont ses deux suites. Entre 2 Batman, il a réalisé 2 films qu’on appellera plutôt des blockbusters d’auteur. Ce sont des films à gros potentiel au box office qui ont un scénario plus ou moins solide et assez complexe et qui, à priori, bénéficient d’une vraie patte de réalisateur. Dans le cas de Le Prestige et Inception, on retrouve les caractéristiques propres à Nolan dont on parlera plus bas comme le montage non linéaire. Voici le récapitulatif de son œuvre sous forme résumée. Vous pouvez accéder à la critique de chaque film abordé en cliquant sur le titre du film concerné. Il n’y a pas de critique pour son court-métrage Doodle Bug dont on parle justement ci-dessous.

Nolan a débuté sa carrière avec trois courts-métrages dont un seul est disponible à ce jour, Doodle Bug. Le voici dans son intégralité.

Ce court-métrage est une espèce de base ou, en tout cas, d’inspiration à Inception. En effet, on remarque aisément les liens qui lient ces deux films. Le personnage de Doodle Bug apparaît plusieurs fois, sous différentes tailles à chaque fois, comme s’il rentrait à chaque fois sous forme de marionnette dans le monde du lui précédant .

Following

Pour son premier long-métrage, Nolan a tenté l’expérimental. D’une durée étonnement courte pour un long, Following est un film noir filmé en noir et blanc : culotté et audacieux pour un premier film. Cependant, le film comporte déjà tous les thèmes et us et coutumes de Nolan. Bref, une bonne entrée en matière pour se lancer dans la filmographie du cinéaste. C’est surtout un film peu connu du grand public.

Extrait de Following,le suiveur

Extrait de Following, le suiveur (1998)

Memento

Memento est probablement un des films les plus brillants de Nolan. Il joue avec les codes, avec ses personnages, avec les nerfs des spectateurs. La construction narrative et le montage sont absolument géniaux ce qui fait que le film restera dans les annales. Il est un film majeur de ces 20 dernières années et montrait tout le potentiel que Nolan avait. C’est déjà très difficile de faire aussi bien mais, faire mieux, c’est quasiment mission impossible. Memento nous a donc fait découvrir un jeune réalisateur mais aussi un acteur de talent : Guy Pearce.

Extrait de Mémento

Extrait de Memento (2000)

Insomnia

Insomnia est un cas un peu particulier puisqu’il s’agit d’un remake d’un film nordique avec Stellan Skarsgaard. Il jouit d’un joli casting composé d’Hillary Swank, Al Pacino et le regretté Robin Williams. C’est un thriller assez classique mais pas moins efficace pour autant qui bénéficie moins de la patte Nolan que les autres films de la filmographie du réalisateur britannique. C’était une commande de la Warner qui, après avoir vu Memento, voulait déjà confier les commandes d’un blockbuster à Nolan mais qui, pour s’assurer de son choix, lui a demandé de réaliser Insomnia avant.

Extrait d'Insomnia (2002)

Extrait d’Insomnia (2002)

Batman Begins

C’est le film qui marque les débuts de Nolan dans le monde des blockbusters. Avec ce film et ce qui deviendra une trilogie, il a pu s’essayer à faire du divertissement grand public tout en pouvant faire évoluer son personnage principal sur trois films. Batman Begins comporte quelques défauts évidemment (au niveau de la mise en scène principalement mais on y reviendra dans la partie adéquate) mais il est la pierre angulaire de cette trilogie qui sera presque glorifiée avec The Dark Knight. Nolan montre bien pourquoi Bruce Wayne a besoin de devenir et devient Batman. Il montre également très bien son évolution et ses vices car oui, même si c’est un justicier, un héros, il n’en reste pas moins un humain qui ne fait pas toujours les bons choix.

Extrait du film Batman Begins (2005)

Extrait du film Batman Begins (2005)

Le Prestige

Avec Le Prestige, Nolan rentre pleinement dans ce qu’on appelle donc les blockbusters d’auteurs. La recette est « simple » : un bon scénario, assez complexe de préférence histoire de faire réfléchir l’audience, des moyens dignes de blockbusters et un peu de dynamisme font l’affaire. Dit comme ça, ça a effectivement l’air simple mais ça ne l’est pas du tout, il faut encore trouver le bon dosage ou la touche supplémentaire qui fera que le film est une réussite. Le duo de tête composé de Hugh Jackman et l’habitué Christian Bale est vraiment excellent ce qui ne fait que renforcer le plaisir du spectateur. De plus, ce film est une mise en abyme habile. Un film agit sur le spectateur de la même manière qu’un tour de magie. On est tiraillé entre l’envie de ne pas savoir le truc, le plaisir ressenti par le fait qu’on a été piégé et l’envie de vouloir connaître le fameux truc tout en sachant qu’on sera finalement déçu de le savoir.

Extrait de Le Prestige (2006)

Extrait de Le Prestige (2006)

The Dark Knight

Ah, The Dark Knight. Ce film est considéré par beaucoup comme le meilleur film de super héros et ça se comprend. Nolan s’est amélioré en mise en scène et, ce qui fait entre autres que ce film est tant aimé, c’est la prestation d’Heath Ledger en Joker. Son décès peu avant la sortie du film a ajouté du buzz autour du film évidemment mais, sa prestation était excellente, ce qui lui a d’ailleurs valu un Oscar du meilleur second rôle à titre posthume. Ledger a réussi à surpasser un Jack Nicholson pourtant déjà excellent dans un rôle iconique. Bref, The Dark Knight est incontestablement le meilleur épisode de la série, c’est sur et certain.

Extrait de The Dark Knight

Extrait de The Dark Knight (2008)

Inception

Si il y a bien eu un film qui a fait parler de lui à sa sortie c’est celui-ci (certains des Batman aussi mais pas pour les même raisons). En effet, qui ne se souvient pas de cette fin ouverte qui en a frustrés plus d’un ? Cette toupie, s’arrête-t-elle ou pas ? Vicieux. Près de trois ans après la sortie du film, un petit malin a sorti une vidéo où il montrait l’explication du film en se basant sur le fait que Cobb porte une alliance à certains moments du film et pas à d’autres, explications que beaucoup de monde connaissait déjà soit dit en passant mais soit. Subtil le Nolan. Cependant, sans vouloir se lancer dans une longue et pas nécessaire analyse du film, la toupie est-elle le totem de Cobb ? La réponse est non, c’est celui de son épouse, Mal. Nolan s’est donc amusé à faire légèrement enrager des gens avec quelque chose qui n’avait pas lui d’être ? Oui. Brillant n’est-ce pas ?

Extrait d'Inception (2010)

Extrait d’Inception (2010)

The Dark Knight Rises

Petite information utile, ce court avis ne rejoint absolument pas la critique du film car The Dark Knight Rises a un gros problème, le point fort habituel de Nolan, son scénario. Ici, c’est une vraie catastrophe pleine d’incohérences. On ne va pas toutes les recenser, il y a déjà des articles consacrés à ça sur le net, mais c’est effarant de voir que Nolan a laissé passer tant de choses. Quelques erreurs, ça peut arriver mais ici, c’est affolant de voir le nombre. La mise en scène compense un peu ce qui fait que le film n’est pas totalement déplaisant à voir non plus mais c’est vraiment bizarre de voir Nolan se planter à ce point là au niveau du scénario. Le bon point, c’est l’évolution de Bruce Wayne et la conclusion (bien que très rocambolesque) de la trilogie mais, malheureusement, The Dark Knight Rises reste certainement le film de Christopher Nolan le plus faible et le plus foutraque scénaristiquement parlant.

Extrait de The Dark Knight Rises

Extrait de The Dark Knight Rises (2012)

Interstellar

Interstellar est en quelques sortes le 2001, L’Odyssée de l’Espace de Nolan. La comparaison n’est vraiment juste parce que les deux films peuvent cohabiter sans problème ensemble mais Nolan y fait souvent référence. Nous n’allons pas en dire plus ici et vous dirigeons directement vers notre critique. Cela dit, la suite de l’analyse fait parfois mention de ce film mais, si cela devait être un spoiler, ce sera mentionné.

Extrait d'Interstellar (2014)

Extrait d’Interstellar (2014)

Thèmes fétiches

Dans toute sa filmographie, Christopher Nolan a très souvent développé des thèmes récurrents. Dans l’ensemble, ils sont tous relativement évidents. Voici les 4 thèmes principaux : l’identité, la réalité, la déception voire la déception de soi et l’affrontement entre vengeance et pardon.

L’identité :

Le premier film qui saute évidemment aux yeux c’est Memento. Le personnage de Leonard est amnésique. Il a une amnésie qui lui fait oublier les événements récents. Il sait qui il est mais ne sait pas qui il est devenu. Cette quête d’identité est vitale car le personnage doute de lui au plus profond de lui. Est-il celui dont il a des bribes de souvenirs ou est-il le tueur qu’il pense être devenu ? Cela va même plus loin : Leonard Shelby va agir de manière totalement irrationnelle. Cela induit une remise en question perpétuelle du personnage. Vu la non connaissance de la réalité, Leonard va douter. Il va douter énormément au point de se demander si ce qu’il vit est la réalité et pas un tour de son imagination. Comme souvent chez Nolan, ses différentes thématiques fétiches sont fortement liées. Pas toujours de manière évidente mais, il est rare qu’il n’y en ait pas.

Ensuite, impossible de ne pas mentionner la série des Batman (Batman Begins, The Dark Knight et The Dark Knight Rises). Avec cette saga, Nolan a pu creuser la personnalité de Bruce Wayne sur trois films. Dans Batman Begins, ce sont, comme le titre du film l’indique, les débuts de Batman. Bruce Wayne n’arrive pas à trouver son rôle dans la société. Il est emporté par la vengeance de la mort de ses parents mais l’assasin de ceux-ci a lui même été assassiné. Cela prive d’une certaine manière Wayne de la vengeance qu’il recherchait. C’est en devenant Batman qu’il trouvera son but dans la vie, rendre justice. Différents événements se passent et, au début du troisième épisode The Dark Knight Rises, Bruce Wayne n’est plus Batman mais « juste » Bruce Wayne. Et encore, c’est un Bruce Wayne dans un piteux état. Cela sera donc sujet à un nouveau questionnement de soi.

Ce thème est également présent dans Inception. Cela est peut-être moins évident mais, le personnage de Mal, la femme de Cobb est perdu dans les différents niveaux. Cela concerne évidemment la thématique de la réalité mais c’est également lié à l’identité. En étant perdue dans la réalité, elle doute d’elle-même au point d’être convaincue d’être dans un rêve et de commettre le geste tragique qui la tuera alors qu’elle pensait que ça la ramènerait dans la réalité. Quand on doute de soi à ce point là, c’est qu’il y a de sérieux problèmes et, dans ce cas ci, l’issue est fatale.

Extrait de Mémento

Extrait de Memento (2000)

La réalité :

Inception est une transition parfaite pour aborder le thème de la réalité puisque c’est probablement le film qui en parle le plus. La réalité est le principe même du film. Il est question de rêves qui s’emboitent les uns dans les autres ce qui peut poser problème aux esprits les plus faibles comme celui de Mal dont on vient de parler. Les couches de rêves s’accumulent et on peut perdre le sens … des réalités. Quel est le niveau initial ? C’est la question qui a causé la chute de Mal. Le fait d’être constamment dans des rêves peut conduire à se poser des questions existentielles pourtant relativement acquises et donc à des questions sur … l’identité. On y revient, tous les thèmes sont toujours liés d’une manière ou d’une autre chez Nolan. Chaque personnage a pourtant un totem qu’il a construit qui lui permet de savoir s’il est dans la réalité ou non. Suite à la mort de sa femme, Cobb est confronté à un choix cruel, rester dans l’ivresse du bonheur dans un rêve ou retourner dans la réalité auprès de ses enfants. Le film se termine sur un cliffhanger qui restera probablement parmi les plus célèbres tant il a créé des remous lors de la sortie du film. On pourrait parler de notre interprétation du film mais, ne gâchons pas ce plaisir à ceux qui chercheraient encore la réponse à la question de savoir si Cobb est revenu dans la réalité ou est toujours dans un rêve.

Dans Memento, le personnage de Leonard est rempli de vengeance. Il est convaincu qu’il doit venger sa femme, qu’il se souvienne de son meurtre ou pas. Les éléments comme les photographies et les messages, sont sa seule bases dans sa quête de la vérité alors que ceux-ci sont biaisés de manière à ce qu’il puisse continuer à vivre dans sa réalité de vengeance.

Le petit nouveau, Interstellar, est ancré totalement dans cette idée. Dans l’espace, la réalité est différente. La notion de temps varie et le temps en lui-même change. La temporalité est un élément essentiel de la réalité. Si le temps est altéré, la réalité peut l’être également. Bref, de nouveau, on retrouve un thème profondément « nolanien » et ce n’est pas le seul.

Extrait d'Inception (2010)

Extrait d’Inception (2010)

La déception et la déception de soi :

« Nous mentons à nous même pour être heureux » – Leonard Shelby dans Memento. Cela résume bien cette thématique qu’est celle de la déception. La logique est simple : si nous mentons à nous même, c’est que nous sommes déçu de nous même. Le but initial de Leonard est de pouvoir venger sa femme. Il découvre la vérité à propos du meurtre de cette dernière. Au lieu de se confronter à la vérité, il préfère l’oublier car la seule raison pour qu’il vive avec sa condition c’était de pouvoir venger sa femme. Sans vengeance, il n’a plus aucune motivation à vivre donc il se ment à lui-même.

L’autre film qui a cette thématique avec importance c’est Le Prestige. Les gens aiment se faire avoir par un tour de magie. Ils aiment le fait de ne pas saisir tous les éléments d’un tour. Cependant, ils ont aussi cette curiosité qu’ils veulent savoir comment cela se passe tout en sachant qu’ils seront déçus par après. De plus, Nolan agit implicitement sur le spectateur comme Angier et Borden agissent sur leur public. Les trucs du magicien et ceux du réalisateur ont le même effet. Le spectateur est aussi surpris qu’Angier quand il découvre la vérité sur Borden. Cette relation entre magie et cinéma est intimement liée. Bien évidemment, il y a aussi un aspect de déception entre les personnages eux-mêmes. La femme de Borden est déçue par une des facettes de son mari, Angier est déçu par Borden également,…

Dans Inception, Mal a choisi de croire que son monde était faux alors que non. Cela a eu pour effet la conséquence déjà évoquée mais cela est dû au fait qu’elle a été déçue du monde dans lequel elle vivait. Cobb s’est déçu lui-même vu qu’il est la cause principale de son malheur. En faisant une inception à Mal, il a précipité un malheur encore plus grand que celui dans lequel il était déjà (même s’il avait longtemps considéré ça comme du bonheur).

De nouveau, on retrouve ce thème dans Interstellar. [SPOILER, qui va jusqu’à la photo] En quittant ses enfants, Cooper les déçoit. Mais s’il ne les quitte pas pour accomplir sa mission, c’est plus directement, le professeur Brand qu’il va décevoir et, plus indirectement, l’humanité. Murphy, la fille de Cooper, est elle déçue par son père puis par le professeur Brand qui lui a menti pendant de longues années. On pourrait continuer comme ça pendant longtemps tellement il y a des exemples. [FIN DU SPOILER]

Extrait de Le Prestige

Extrait de Le Prestige (2006)

L’affrontement entre vengeance et pardon

 Ce thème traverse à peu près tous les films de Nolan. Dans Memento, et on l’a déjà évoqué, Leonard ne vivait que pour pouvoir venger la mort de sa femme. Bruce Wayne est aussi guidé par la vengeance à un moment donné. Dans Inception, Cobb choisi le pardon. La dernière scène du film (et les quelques autres la précédant) est plutôt équivoque à ce sujet là. En montrant Dom qui voit le visage de ses enfants pour la première fois et en laissant la toupie là sans s’en soucier, Nolan laisse supposer que Dom s’est pardonné pour son inception faite sur Mal. Il a réussi à rentrer chez lui pour revoir ses enfants ce qui était son but ultime, ce pour quoi il avait accepté le job proposé par Saito et ce, peu importait le coût.

D’autres éléments relativement évidents sont également présents comme la perte d’être chers (la femme du héros dans Memento, Le Prestige et Inception ; les parents de Bruce Wayne dans la trilogie Batman) ou bien l’idée de justice mais vous, lecteurs, pouvez très facilement faire le lien entre ces thèmes et les films de Nolan, il n’est probablement pas nécessaire d’en dire plus à ce sujet.

 D’une certaine manière, c’est également un thème présent dans Interstellar. [SPOILER, qui va jusqu’à la photo] Le personnage de Murphy pardonne son père quand elle comprend ce qui se passe depuis le début. Elle avait enfui en elle une douleur qu’elle a finalement exprimé à son père pendant son expédition et l’a pardonné sur son lit de morte. [FIN DU SPOILER]

Extrait d'Inception (2010)

Extrait d’Inception (2010)

Analyse technique

Cette partie aborde l’aspect plus formel du cinéma de Chris Nolan. Cela va de la construction du scénario aux effets de montage.

Il faut être honnête, Nolan n’est pas le cinéaste qui propose la mise en scène la plus ambitieuse ni même la plus excitante. Pourtant, ses films sont très prenants pour ne pas dire passionnants. Rarement le spectateur est perdu et/ou s’ennuie. De par ses scénarios, Nolan rend ses films interactifs. Le spectateur est acteur. Il doit réfléchir pour bien comprendre tous les tenants et aboutissants de l’histoire qui se déroule devant ses yeux.

C’est un réalisateur qui privilégie le cinéma à l’ancienne. Ce qu’il faut comprendre par là c’est qu’il essaiera toujours dans la mesure du possible d’utiliser des effets spéciaux mécaniques plutôt que des effets spéciaux digitaux. De plus, il est un des rares derniers défenseurs de l’utilisation de la pellicule que de plutôt faire appel au digital et ce pour des raisons assez évidentes de rendu de l’image et des couleurs (pour plus de détails à ce sujet, nous vous redirigeons vers notre interview du chef opérateur Benoit Debie – chef op sur Spring Breakers, les films de Gaspard Noé et de Fabrice Du Welz ou bien encore sur Lost River de Ryan Gosling – ici).

Son problème résulte plutôt dans la mise en scène qui n’est pas toujours efficace. S’il a de grandes idées, il a parfois du mal à les exploiter et les mettre en avant comme il faudrait. Ca démarre souvent bien mais, au fur et à mesure qu’une scène avance, elle désamorce l’effet avant la fin la fin de cette même scène. De plus, il y a souvent un caractère de prévisibilité dans sa mise en scène, chose particulièrement visible dans Batman Begins par exemple. Toujours concernant la mise en scène, Nolan est parfois atteint du syndrome « Michael Bay ». Lors des scènes d’action, c’est malheureusement trop souvent difficilement lisible. On se retrouve parfois face à un grand bazar qui peut gâcher le plaisir. Cela dit, il y a une évolution positive assez évidente. Alors qu’il utilisait plutôt des champs-contre-champs qui étaient vraiment plats, il vire pour une réalisation plus dynamique pour The Dark Knight qui recèle de beaucoup de bonnes idées de mise en scène. Cela a continué avec The Dark Knight Rises qui, bien qu’il n’e soit pas exempt de défauts, loin de là, était mieux construit à ce niveau. Interstellar est également mieux. Plus épuré, avec moins de fioritures, il propose une mise en scène efficace qui va droit au but sans délaisser le côté épique de cette grande aventure.Très précis dans sa mise en scène, Nolan a certainement fait des progrès à ce niveau là même s’il retombe parfois dans ses travers d’antan.

Il fait aussi un gros travail de montage. Ses films sont rarement montés de manière linéaire. Cela veut dire que le film ne se déroule pas toujours dans l’ordre chronologique. Nolan fait de nombreux allers-retours avec le passé. La construction sert à faire comprendre le film au spectateur petit à petit. Au début, cela peut être déroutant puisqu’on peut ne pas tout comprendre mais, cela s’éclaircit par la suite. Cela est flagrant dans Memento où il est difficile pour ne pas dire impossible de faire le lien entre certaines scènes car tout s’explique beaucoup plus tard. On retrouve aussi cela dans Le Prestige. Et quand Nolan ne fait pas de montage non linéaire, il met quand même énormément de flashbacks dans ses films.

Tournage d'Inception

Tournage d’Inception

Conclusion

Christopher Nolan est incontestablement un réalisateur marquant de ce début de 21e siècle. Il privilégie le fond plutôt que la forme bien qu’il ait un aspect technique très fort (au niveau du montage et de ses autres points forts techniques évoqués ci-dessus). Certains diront que c’est parce qu’il ne sait pas faire autrement mais il faut lui reconnaître le fait de s’améliorer au niveau de la mise en scène de film en film. Il est un fervent défenseur du cinéma « à l’ancienne » qui allie le tournage en pellicule et les effets spéciaux mécaniques plutôt que digitaux. Ses films sont traversés par des thèmes très ancrés dans notre époque et sont très souvent relativement complexes. Malgré tout, le spectateur ne perd pas une miette de ces films car Nolan met tout en œuvre pour le faire réfléchir, que ce soit grâce aux éléments de montage ou à sa mise en scène qui ne dévoile pas tout. Il est en tout cas réjouissant de voir un cinéaste de la sorte dans ces temps où il y a peu de films vraiment ambitieux et sincères.

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