Le co-réalisateur d’Intouchables était à Bruxelles pour l’avant-première de Samba, sa nouvelle comédie avec Omar Sy, Charlotte Gainsbourg et Tahar Rahim. Un film attendu au tournant.

Comment vous êtes-vous lancés dans cette histoire de sans-papiers?

Il y a en fait deux points de départ à Samba. La première idée est venue avant l’écriture d’Intouchables. On avait commencé à écrire l’histoire d’un garçon qui aurait pu être Samba. Ensuite Intouchables a pris le pas, vous connaissez la suite… Ce n’est qu’après la tournée promotionnelle du film qu’une jeune femme nous a donné le roman Samba pour la France, écrit par sa soeur. Elles voulaient que ce soit Eric et moi qui adaptations l’histoire au cinéma avec Omar dans le rôle principal. On a accordé du crédit à cette demande parce que ces deux soeurs (ndlr – Muriel et Delphine Coulin) avaient déjà réalisé le film 17 filles qui nous avait beaucoup marqués. La lecture de ce livre a réveillé en nous les 5 pages écrites avant Intouchables et on a commencé le scénario.

Ce roman est très documenté, comment l’avez-vous adapté pour le cinéma?

On a proposé aux soeurs Coulin de participer au scénario avec nous. L’histoire de Samba est en fait la compilation de plusieurs anecdotes recueillies par Delphine Coulin lorsqu’elle travaillait en association. L’envie de départ était de prendre Omar, de continuer avec lui et de l’emmener ailleurs. On avait l’intuition qu’il avait en lui quelque chose de terriblement touchant et sensible, d’où l’histoire d’amour et le personnage d’Alice, qui n’existait pas dans le roman.

Notre idée était de proposer autre chose, de prendre des risques parce qu’Intouchables nous a donné la liberté. On voulait travailler un personnage avec Omar parce que Driss dans Intouchables est assez proche de lui. Pour Samba on a voulu étirer l’élastique et on est allés ailleurs. Là il a fait une performance d’acteur, il a pris un accent, changé de façon de marcher, ses cheveux sont plus longs, il a pris du poids aussi. Il est devenu Samba.

Vous traitez de sujets assez graves, les personnes handicapées dans Intouchables et les sans-papiers dans Samba, mais vous le faites avec humour. C’est compliqué d’arriver à doser les deux?

C’est difficile de faire rire avec des choses graves mais c’est notre moyen d’expression. C’est presque naturel pour nous de prendre du recul par rapport à des situations compliquées. On a toujours aimé un type de films qui était dans cette veine là. Les films italiens des années 70 nous ont inspirés, les comédies anglaises aussi évidemment et certaines comédies américaines. On aime rire mais on veut aussi qu’il y ait quelque chose en dessous. Pour cela on fait beaucoup d’enquête pour que le fond soit solide, pour enraciner le personnage.

On voulait aller chercher des histoires de vie pour enrichir notre récit. Les petites scènes au début dans l’association sont véridiques. Un gars a réellement dit « je suis employé polyvalent à Eurodisney, le mardi je fais Buzz l’Eclair, le mercredi je fais le Roi Lion. » Pour nous c’est « merci mon Dieu! » (il rit), c’est parfait ce genre de réplique.

Vous n’avez jamais peur d’aller trop loin?

Je n’ai pas l’impression de choquer. Les plus gros « merci » qu’on a eu quand on a fait Intouchables sont venus du milieu du handicap. Ça nous a confortés et donné confiance. On a rencontré un tas de gens qui nous ont dit « Riez de ça, riez avec nous! ». On écrit, on tourne, on guette les miracles, l’inattendu on pousse les réacteurs. Le montage est ensuite un grand filet de pêche, c’est le moment où on filtre ce qui peut être lourd, pas juste ou peut-être ce qui va, selon nous, un peu trop loin.

Après un succès comme Intouchables, on doit ressentir une certaine pression…

C’est bien vu! (il rit) La pression est toujours présente quand on sort un film, là j’ai l’air détendu, mais je suis tétanisé. Le film est encore sur moi comme une chemise et petit à petit je l’enlève. C’est certain qu’on est plus regardés, plus attendus, les projecteurs sont braqués sur nous. Les gens nous ont mis dans une catégorie qui n’était pas la nôtre, celle des blockbusters. On ne s’attendait pas à un tel succès pour Intouchables et on est dans la même optique pour ce film-ci. On ne veut pas refaire la même chose car on est conscients que ce qu’il s’est passé était extraordinaire mais si on peut capitaliser sur notre film précédent c’est bien.

Un gars a réellement dit « je suis employé polyvalent à Eurodisney, le mardi je fais Buzz l'Eclair, le mercredi je fais le Roi Lion. »

Un gars a réellement dit « je suis employé polyvalent à Eurodisney, le mardi je fais Buzz l’Eclair, le mercredi je fais le Roi Lion. »

C’est votre 5ème collaboration avec Omar Sy. Vous allez continuer à travailler avec lui?

Moi je fais encore 20 films avec Omar! Si j’ai les bonnes idées oui, c’est naturel pour nous parce que ça fait bientôt 15 ans qu’on travaille ensemble. Mais on fera des films sans lui, tout dépend des sujets. On va attendre la sortie de celui-ci et on verra, mais j’espère que notre histoire avec lui n’est qu’au début.

Dans Samba, on retrouve Tahar Rahim et Charlotte Gainsbourg, deux acteurs habitués au registre dramatique. Comment s’est passée la collaboration?

Ça faisait partie des motivations. Dans tous les films qu’on a fait on a mélangé des acteurs d’univers différents – François Cluzet et Omar Sy dans Intouchables et maintenant Tahar Rahim et Charlotte Gainsbourg. Il y a plusieurs raisons à cela. D’abord parce que nous, en tant que spectateurs, on a pas envie de voir 50 fois les mêmes duos au cinéma. Ensuite, et surtout, parce que ça apporte tellement d’autres choses. Chacun amène son propre univers et on trouve un point d’équilibre. On procède d’ailleurs de la même façon pour choisir l’équipe technique.

Qu’attendiez-vous de Charlotte et Tahar?

On avait l’intuition que mettre Charlotte Gainsbourg, une actrice subtile, fragile avec l’univers d’Omar pouvait donner quelque chose. On voulait un personnage sensible et touchant et c’était elle qui convenait le mieux.

Pour Tahar, c’est différent, on le connaissait dans la vie. C’est quelqu’un d’hyper marrant, il est tout le temps souriant, il trépigne, il a une énergie folle. On lui avait dit qu’on viendrait un jour le chercher et il nous a répondu « les gars, quand vous voulez ». Je pense que c’est un grand acteur, avec une façon de travailler proche de celle des américains. Il y va à fond, il rentre dans un personnage, ici il voulait presque apprendre le portugais.

Vous travaillez toujours avec Eric Toledano. Chacun a son domaine?

On fait tout à deux, il n’y a pas de spécialité. C’est d’ailleurs nécessaire parce que nos plateaux sont très vivants, on laisse beaucoup la place à l’improvisation. On prépare énormément pour éviter que l’un dise quelque chose et l’autre le contraire 10 minutes plus tard. C’est un travail de concert qui part du premier mot écrit, jusqu’au dernier jour du montage.

La scène du strip-tease de Tahar était improvisée?

Il y a toujours de l’improvisation, c’est ça qui est génial. Les acteurs avec nous sont en liberté surveillée. On écrit des dialogues puis on joue les scènes plusieurs fois mais jamais de la même manière sinon ça ne sert à rien. (Tahar se joint à nous à ce moment là). Vous voyez, il arrive, la scène est bonne mais il va peut-être nous demander d’essayer quelque chose d’autre sans le dire à Omar. C’est comme ça que les miracles arrivent. Cette scène sur les vitres aurait pu être casse-gueule mais pour nous c’est une bulle de champagne due à leur talent. « On s’est bien marrés » sourit Tahar. Regardez-le, comment voulez-vous ne pas faire de comédie avec lui!