Rencontre avec Kim Seong-hun, nouveau talent explosif du cinéma coréen !

Affiche de Tunnel, Kim Seong-hun, 2017

Immense succès en Corée du Sud, Tunnel est un film qui mélange plusieurs genres. Second gros succès de son réalisateur après Hard Day, nous avons eu l’immense privilège de rencontrer Kim Seong-hun à l’occasion de la sortie du film en France, le 3 mai prochain, presque un an après la sortie coréenne. 

Tunnel est votre second film après Hard Day. Et c’est encore un immense succès critique et public. Comment vivez-vous le fait d’être déjà une grosse pointure du cinéma coréen ?

Avant tout, il s’agit en réalité de mon troisième film. Et c’est tout à fait normal que vous ne le connaissiez pas parce que mon premier film a été un flop phénoménal. Personne ne le connait. C’est un vrai raté. Et je pense que c’est tant mieux, pas beaucoup de gens l’ont vu et tout le monde pense que j’en ai fait que deux dans ma vie. Et effectivement c’est vrai que mon deuxième film Hard Day a été un réel succès en Corée et même Tunnel après. Donc je ne sais quoi dire d’autre, à part merci!

Ce qui est fort dans Tunnel, c’est que la catastrophe c’est le point de départ du film. D’où vous est venue l’idée ?

C’est vrai que dans la plupart des cas, dans les films, on voit des événements successifs qui se passent et on arrive après à la catastrophe. Moi, j’avais envie de faire l’inverse. Je me suis posé la question à savoir que ce serait peut-être très drôle de mettre le processus à l’envers, c’est-à-dire en mettant le personnage au fin fond du tunnel qui vient de s’effondrer. Les gens ne savent pas qui il est et comment cela va se passer, et c’est grâce et à travers ses actions que les gens vont découvrir qui est ce personnage et comment il va s’en sortir. Je voulais mettre ça en avant. Et puis vous l’avez vu, dans Hard Day c’est un peu la même chose. Toujours le même processus. Dès le début on a cette scène où cette personne se fait accidenter par la voiture. On ne sait pas qui c’est, etc.

Justement, pour comparer avec Hard Day, il y a pas mal de similitude notamment au niveau du personnage principal qui est un peu une sorte de John McClane.

C’est vrai que quand j’ai écrit le scénario, on m’avait dit que par rapport à la constitution, que cela ressemblait à Die Hard et au personnage de John McClane.

Avec ce choix de ne pas nous présenter le personnage, on arrive facilement à se mettre à sa place, notamment lors de certaines séquences du film où il doit faire des choix cornéliens, par exemple lors de la scène avec l’autre survivante.

La scène que vous venez de décrire, c’est exactement la réaction que je voulais. Que le public se mette à sa place. C’est d’ailleurs pour ça que je fais un arrêt sur image de trois secondes pour montrer le coté où il hésite.

Tunnel mélange beaucoup les genres. D’abord le film catastrophe, puis le survival, et enfin le drame. C’était aussi le cas dans Hard Day qui mélange l’humour noir au film policier.

C’est vrai. J’aime bien le mélange même si c’est pas un effet recherché volontaire. C’est quelque chose qui est ancré en moi.

Il y a aussi des moments d’humour très drôles dans Tunnel alors que le sujet ne s’y prête pas forcément

Justement, je pense que plus le sujet est lourd à aborder, que les dialogues et les paroles sont amenées de manière plus légères, ça adoucit la chose.

Il y a des scènes assez drôles avec l’équipe de sauvetage mais on est parfois mal à l’aise de rire à ce moment…

Oui c’est vrai. Mais je me demande si c’est pas des cas qui arrivent souvent dans ce genre de situations. Cela rentre dans la vie de tous les jours.

Le cinéma coréen est souvent très proche de la réalité d’ailleurs, même dans ses blockbusters.

Vous avez raison. Je pense que les films qui sont trop éloignés de la réalité, c’est pas quelque chose qui parle beaucoup aux coréens. Par exemple quand on regarde les films Marvel, ça fonctionne en Corée mais ça fonctionne car c’est hollywoodien et que c’est du fake. Ca cartonne car on sait que c’est un produit américain. Si, par exemple, un réalisateur coréen se mettait a faire du pseudo Marvel, ça ne marcherait pas. On sait que c’est faux. Ca  va sonner faux.

Dans Hard Day déjà mais aussi dans Tunnel, vous critiquez beaucoup les institutions coréennes et le gouvernement. C’est important pour vous ce genre de critiques dans des films à gros budget ?

A partir du moment où on a regard biaisé, la création arrive. Ces institutions méritent qu’on les regarde de travers car elles font des erreurs inadmissibles. Effectivement à ce moment où la société n’a pas vraiment de courage pour pointer du doigt ce qu’il se passe dans le monde, c’est le cinéma qui permet de dire quelque chose que les autres ne peuvent pas dire. Ca permet au peuple de se sentir soulagé.

C’est compliqué de critiquer le gouvernement et de le proposer aux producteurs ?

Pour moi, celui qui propose c’est facile. J’ai rien à perdre à part mes idées. Mais la personne qui écoute peut être mal à l’aise. C’est eux qui ont l’argent, ils sont plus mal à l’aise que moi.

Doona Bae est une grande actrice. En Corée mais aussi à l’internationale désormais, comment s’est passé le travail avec elle, notamment pour l’écriture de son personnage qui est assez complexe ?

Quand on regarde dans le film, toutes les scènes où Doona joue, ça ne représente pas grand chose en terme de quantité. Quand j’ai montré le scénario à Doona Bae, elle a accepté tout de suite. Ce qui l’a fait réagir c’est ce coté où ce personnage traverse des moments difficiles et qu’elle doit jouer son sentiment tout le long du film. C’est ça qui l’a attiré. Elle n’a pas essayé de jouer le rôle d’une femme dont le mari est délaissé mais elle a essayé de ressentir les mêmes sentiments. C’est ce qu’il s’est passé. On pourrait penser qu’une personne qui est confrontée à ce genre de situations aurait plus tendance a montrer le trop-plein d’émotions. A pleurer, à hurler sur tous les toits du monde et contrairement à ça Bae Doona montre des sentiments réservés. Elle cache ses sentiments. Elle retient ses larmes le maximum possible. En tout cas pour moi c’était une grande chance d’avoir rencontré une actrice comme elle.

Comment vous expliquez la montée en puissance du cinéma coréen aujourd’hui, là où le cinéma américain est en chute libre notamment pour les blockbusters ?

D’un point de vue positif, en Coréen on a de gros investisseurs qui nous permettent de faire des films qui peuvent satisfaire un grand public à l’internationale. Mais d’un autre coté, malgré ses gros investissements, ils ne vont pas miser sur plusieurs cinéastes mais sur celui qui a le plus gros potentiel. Au lieu de faire plusieurs projets, ils vont partir sur un seul projet.

Y a t-il plus de libertés dans le cinéma coréen que dans le cinéma américain ? Au niveau de la violence pour les films grand public notamment.

Je pense que ça dépend des domaines. Tout ce qui est lié au coté sexuel de la chose, c’est la pudeur qui prime. Par rapport à notre culture on a moins de liberté et là ce sera interdit aux moins de 18 ans. Pour la violence, il faut regarder la signification que ça peut apporter. Quand on voit une décapitation dans Roaring Currents par exemple, on va dire que c’est pour la bonne cause donc là ça va passer. Mais si c’est un film de Yakuza, ce ne sera pas le cas. Hard Day en Corée était interdit au moins de 15 ans et c’était vraiment limite. Dans le jury ils étaient 5 pour et 5 contre. Et c’est le président de l’assemblé qui a permis que ce soit interdit au moins de 15 ans et pas 18 ans.

Beaucoup de cinéastes coréens partent faire des projets aux Etats-Unis aujourd’hui. On vous l’a déjà proposé et est-ce que ça vous tente ?

Il n’y a aucune raison de ne pas y aller. Tout dépend du projet. Je ne veux pas accepter juste pour tenter l’expérience. Je ne veux pas d’un projet qui ne me plaise pas. Je suis en pourparler en ce moment mais on en est qu’aux prémices. Je fais des films pour me faire plaisir avant tout. Je fais ça pour vivre heureux. Aucun sens pour moi d’accepter juste pour faire plaisir aux autres. Prochainement je travaille sur le projet d’une série pour Netflix, Kingdom, ce sera tourné en Corée certes, mais la diffusion sera internationale.

D’ailleurs, ce sera une série sur les Zombies. On a eu Dernier Train pour Busan qui traitait déjà du sujet des zombies en Corée. Compliqué de passer après un gros succès comme celui-là sur ce thème.

On pourrait dire qu’en Corée, ce n’est pas dans notre culture d’utiliser le concept des zombies. Mais depuis une dizaine d’années, les cinéastes travaillent sur le sujet mais l’investissement dessus n’est pas évident. Même Dernier Train pour Busan que j’ai beaucoup apprécié, l’histoire ne tourne pas que sur les zombies. Dans Kingdom je ne raconte pas les choses de la même manière. Je n’ai pas de pression pour le coup.

Park Chan-Wook et Kim Jee Woon se sont ratés dans leurs projets américains et ils sont revenus vers des projets en Corée. Qu’est-ce que ça peut vouloir dire?

C’est une aventure et un défi à relever. Quand je les vois en tant que précurseur dans le domaine, ça permet aux réalisateurs de la seconde génération d’avoir un modèle d’Hollywood qui est l’endroit rêvé pour tout cinéaste. D’ailleurs ces deux là ont d’autres projets aux Etats-Unis.

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