True Crime.

Membre du jury du BIFFF en 2012, Stéphane Bourgoin n’était pas revenu dans notre festival préféré depuis. Pas que le cinéma fantastique lui déplaise (ce cinéphile possède une collection de X DVD et élabore également sa propre série « Serial Hunter » pour une sortie prévue dans quelques années aux USA) mais bien par manque de temps. Car depuis plusieurs décennies et après une formation au FBI (excusez du peu), cet expert des grands criminels traversent le globe pour interroger les serial killers et compiler ses informations. Dizaine de livres, conseils sur des séries, documentaires pour la télévision et avis tranché sur les jeux vidéo ou les films, Bourgoin n’aime pas garder sa langue en poche! Tant mieux, nous lui avons posé quelques questions avant sa Masterclass:

Pourquoi la figure du tueur en série fascine-t-elle autant le public ?

Alors, je vais répéter Alfred Hitchcock : « pour faire un bon thriller, il faut un très bon méchant ». Des serial killers, il y en a déjà eu avec M le maudit de Fritz Lang, Psychose, l’Etrangleur de Boston avec Tony Curtis mais c’est véritablement le succès planétaire du Silence des Agneaux en 1991 qui a cristallisé cette mode du tueur en série puisque depuis, à travers le monde, sans parler des téléfilms et séries télé, on a produit plus de 8000 long-métrages sur le thème du serial killer. C’est un peu l’ogre et le croque-mitaine des contes de fée d’autrefois. Ça remplace Dracula, le monstre de Frankenstein, ou encore, par exemple, le fait que dans les années cinquante, on avait plus peur du nucléaire, de la bombe atomique avec des films d’insectes géants transformés par les radiations. Le serial killer, en fait, c’est un nouveau moyen de « recycler » la lutte entre le bien et le mal. Dans les années cinquante, on avait le film noir avec le policier et le gangster, maintenant c’est le tueur en série et la psychologue ou le personnage du profiler.

Quand on écrit un livre ou qu’on réalise un film sur les tueurs en série, faut-il décrire uniquement la réalité, édulcorer ou au contraire exagérer les faits ?

Dans la fiction, un auteur ou un scénariste est libre de faire ce qui lui plaît. Il se trouve que je travaille comme profiler dans la réalité mais je suis aussi fan de cinéma (j’ai chez moi 50 000 DVD), j’ai une société de distribution de films en DVD avec un associé et ça ne me dérange absolument pas que la fiction s’éloigne de la réalité. Je dirais, franchement, que la réalité serait parfois tellement insupportable qu’elle ne serait pas visible. Des films qui s’approchent au plus près de la réalité, il y en a peu, il y a par exemple Henri, portrait of a serial killer mais qui est un film tellement coup de poing, tellement atroce dans la description de la banalité de l’horreur d’un serial killer, que c’est un film qu’on ne peut pas aimer. On peut l’admirer, je l’ai vu une fois et je l’admire mais je ne suis pas prêt de le revoir parce qu’on est confronté à la réalité du tueur en série qui renvoi au voyeurisme du téléspectateur. Une scène d’ailleurs du film montre le tueur qui regarde, assis dans son canapé avec une bière dans la main, la torture et la mort d’une de ses victimes qu’il a enregistré. Et là, ça nous renvoi aux spectateurs et à notre fonction de voyeurisme par rapport à ce genre de faits.

La figure du tueur et celle de son antagoniste le policier ont-elles évolué sur nos écrans ces cinq dernières années ?

L’engouement pour le personnage du serial killer s’est amplifié puisque, de nos jours, pratiquement une série sur deux parle de ce sujet (aux USA, chez nous mais aussi en Corée, au Brésil ou encore au Canada). L’inventivité a plutôt basculé du côté de la série télévisuelle que du cinéma, contrairement au passé. Nous avons également moins tendance à imaginer la figure du tueur comme un personnage monolithique à la Jason, comme le montre la série Dexter. On approfondi sa psychologie tout en restant dans des clichés. Par exemple, le serial killer est vu comme sophistiqué et manipulateur, par exemple dans Hannibal où le tueur est conservateur dans un musée de Florence alors que dans la réalité, les tueurs sont beaucoup plus basiques. Le film Henry portrait d’un serial killer (1986) ou celui que je présente au BIFFF (Tony London Serial Killer) restent plus proches de la banalité de l’horreur de leurs crimes. Seuls deux (sans doute) tueurs, sur les 77 que j’ai interrogé, correspondent à l’archétype construit pour la fiction.

Du côté de la figure du policier, de l’enquêteur ou du profiler, j’aime beaucoup certaines séries moins connues comme Suspect Numéro 1 ou La part du diable. La psychologie employé par les enquêteurs ressort plus, comme dans le film Manhunter (Le sixième sens, de 1986) : la première version de Dragon Rouge puisque le remake est une vraie daube.

Les nouvelles technologies entraînent-elle une évolution du comportement des serial killers?

J’ai fais un documentaire appelé Internet Killers, lié aux crimes plus modernes et aux nouvelles technologies. J’ai par exemple interrogé deux jeunes ukrainiens, qui ont tué 21 SDF en deux mois et qui filmaient leurs meurtres pour les diffuser en ligne et qui allaient faire des selfies lors des enterrements de leurs victimes. D’autres filmaient déjà leurs crimes, comme le cannibale de Rottenburg, qui a d’ailleurs inspiré plusieurs films et peut-être prochainement un projet musical.

Propos recueillis par Cédric Dautinger