Les pires profs de France débarquent en Angleterre. Rencontre avec le réalisateur, l’ancien Robin des Bois, Pierre-François Martin-Laval, alias Pef.

L’humour des Profs repose sur la caricature de ces fameux enseignants. Comment avez-vous imaginé la suite?

Je me suis d’abord planté. J’ai passé 6 mois à écrire un premier scénario, qui avait été validé. Puis, mon co-scénariste m’a dit que ça ressemblait trop au premier. On était restés en France, au Lycée Henry IV, bref on avait pas trouvé le truc et on a jeté le scénario à la poubelle. À l’époque, je jouais dans Spamalot, adapté d’un spectacle des Monty Python et l’idée est partie de là, de cet humour anglais que j’apprécie. Après, je suis tombé sur le collège des Princes Harry et William. Je me suis rendu compte que c’était une mine d’or pour faire des gags parce que c’est un établissement très strict. Il n’y a pas si longtemps, on fouettait encore les enfants!

Il y a d’autres références, Harry Potter notamment.

Elles sont venues plus tard. Je voulais faire un autre cinéma et évoluer en tant que réalisateur. Les Profs, c’est un peu comme Police Academy, on fait des gags, mais à l’école. Pour le deuxième, j’avais envie que le personnage de Boulard évolue, d’où l’histoire d’amour. Ce n’est que plus tard que je me suis rendu compte que c’était un peu À nous les petites anglaises, mélangé à Harry Potter, donc À nous les petites sorcières.

Vous collaborez avec les auteurs de la bande-dessinée?

C’est plutôt amical, je leur envoie le scénario par élégance, il n’y a pas d’obligation. Ils sont très fiers et trouvent que, dans celui-ci, Boulard se rapproche encore plus du personnage qu’ils ont inventé. Je serais triste qu’ils renient mes films, parce que j’ai quand même repris une bonne partie de leurs personnages principaux. S’ils avaient été déçus, j’aurais eu l’impression de boiter.

Comment avez-vous opéré la transition de Christian Clavier à Didier Bourdon pour le personnage de Tirocu?

Très simplement, même si ça fait toujours un électrochoc quand on apprend qu’un des membres d’une troupe ne peut pas faire un film. J’ai appelé mon chouchou en premier, pas seulement parce que je suis fan de Didier Bourdon, mais surtout parce que je l’imaginais très bien dans un rôle de tire-au-flan, pas très sympa. Coup de chance, il était fan du premier, donc il a accepté très facilement.

Monsieur Polochon chez ses ennemis jurés, les anglais!

Monsieur Polochon chez ses ennemis jurés, les anglais!

Après un succès comme le premier, on a la pression?

Non, la seule pression que j’ai connue, c’est celle que je me suis mise pendant l’écriture. J’avais une terreur : ne faire qu’une simple suite. Pendant le tournage, c’est tout le contraire qui s’est produit en fait. On s’est éclatés, j’ai découvert des acteurs qui jouaient dix fois mieux, c’était incroyable. Kev Adams n’est plus le même. Dans le premier, c’était un amateur, mais ici, il s’est comporté comme un pro. On était beaucoup plus complices, on cherchait les gags ensemble.

Vous n’aviez pas peur que le public, assez jeune, se lasse rapidement?

C’est aussi pour cette raison que je voulais faire quelque chose de totalement différent du premier, les emmener ailleurs. Je me dis toujours, depuis que j’ai commencé avec Les Robins des Bois, que si quelque chose me fait rire, c’est susceptible de provoquer la même chose chez le spectateur. C’est peut-être un peu prétentieux de dire ça, mais c’est ma façon de fonctionner. Je ne suis pas là dans la peur. Après, c’est vrai que je m’aperçois, quand je montre le film en province, que le public ne rit pas forcément aux mêmes endroits que moi. Mais ce n’est pas grave.

La post-production a été exceptionnellement courte…

On le savait, donc on a paré cette difficulté. C’est éprouvant, mais intéressant parce qu’on ne bosse pas de la même manière. On a tout travaillé en amont, j’avais deux monteurs et, j’ai monté mon film en parallèle, une première pour moi. En sortant du tournage le soir, j’assistais au montage des scènes qu’on avait tournées trois jours avant. Toutes les musiques ont été composées en cours de tournage, une nouveauté pour moi aussi. On préférait « en chier » plutôt que de perdre la moitié du casting.

Que penserait Mr Polochon de la reconstitution pour le bicentenaire de la bataille de Waterloo?

(Rires) Il est très déçu. Il détestait déjà les anglais mais, maintenant, il ne supporte plus ses amis belges. Il ne veut plus entendre parler de la bière, il a déversé la Duvel, L’Orval et la Maredsous dans le caniveau. Célébrer Waterloo, il ne comprend pas! En revanche, il a tourné la scène d’Austerlitz que l’on voit au début du film à… Waterloo! Mais, blague à part, je trouve les reconstitutions géniales. En tant qu’élève j’aurais adoré, ça peut donner le goût à l’histoire.

Vous auriez aimé avoir un de ces profs quand vous étiez élève?

Peut-être pas… Mais, en même temps, c’est ceux-là qui vous marquent le plus. C’est quand les cours se passent de manière inattendue qu’ils restent ancrés dans la mémoire. Isabelle Nanty a été ma prof de théâtre et je me souviens qu’elle nous emmenait dehors, répéter en cachette. Ce sont les meilleurs souvenirs.