Louise Bourgoin porte Je suis un soldat, le premier film de Laurent Larivière. Nous l’avons rencontrée lors de son passage au FIFF de Namur en octobre dernier.

Louise Bourgoin a présenté Je suis un soldat à Cannes en mai dernier.

Louise Bourgoin a présenté Je suis un soldat à Cannes en mai dernier.

Laurent Larivière a écrit le personnage de Sandrine en pensant à vous. Ça met la pression?

Au lieu de me stresser, ça m’a rassurée. J’avais le sentiment que tout était possible. Souvent, on se met des barrières psychologiques, nous-mêmes, en se demandant pourquoi le réalisateur n’a pas choisi une telle qui aurait été mieux. Parce qu’on est souvent des deuxièmes ou troisièmes choix dans la vie. Ici, j’étais en sécurité. Laurent avait un regard très bienveillant, j’avais l’impression d’être en famille.

Comment vous a-t-il convaincue d’accepter le rôle?

Laurent m’a donné le scénario en 2013 en me demandant mon avis, parce que je suis dans le milieu du cinéma. J’avais une appréhension. Je me disais « si j’aime pas, c’est délicat de lui dire puisque je le connais ». Et en fait, j’ai adoré et je lui ai dit que je trouvais le rôle féminin magnifique. Il m’a alors dit qu’il l’avait écrit pour moi.

Qu’est-ce qui vous plaisait dans ce rôle, justement?

Le fait que le personnage ne soit absolument pas stéréotypé. Il y a une vraie cohérence psychologique, c’est un personnage complexe, inédit et original, qui pourrait aussi bien être un homme. Ça c’est très intéressant parce que la féminité, la maternité, la séduction ne sont pas mises en avant. C’est toujours le cas dans les scénarios qu’on m’envoie en général. Y a rien à jouer, on est le faire-valoir du rôle principal masculin. C’est comme si le scénariste, au moment d’écrire, se disait : « tiens, si j’étais une femme, qu’est-ce que je dirais? » Malgré lui, il devient sexiste en faisant ça.

D’où le look à la garçonne…

Intuitivement, j’ai senti que ça pouvait être joué aussi bien par un garçon que par une fille. J’ai eu tout de suite envie de me couper les cheveux. Les artifices féminins n’avaient pas leur place ici. C’est une femme qui est dans l’urgence, dans un état de précarité. Il fallait qu’elle soit dans une praticité maximale.

Vous serez prochainement à l’affiche Des Chevaliers blancs de Joachim Lafosse. Un film qui s’inspire de l’affaire de L’Arche de Zoé. Vous continuez avec les sujets assez lourds.

J’ai enchainé, avec Je suis un soldat et Les chevaliers blancs, deux films politiques. Ce que j’aime beaucoup avec Joachim Lafosse c’est qu’il a toujours la distance parfaite avec le sujet. Il n’impose pas son point de vue. Au contraire, il laisse le spectateur décider. Il ne prend pas partie et ne juge pas. C’est très intéressant et ça doit désarçonner le spectateur à mon avis. C’est ce qui m’attire dans son cinéma. Les spectateurs ont trop l’habitude qu’on leur dise ce qu’il faut penser. Je rêvais de tourner pour Joachim, j’ai vu tous ses films, je suis une grande fan. D’ailleurs le rôle n’était pas prévu pour moi au départ. J’avais déjà lu le scénario avant qu’il me l’envoie, parce que j’ai le même agent que lui.

Le caractère plus dur de vos derniers films, c’est pour rompre avec l’image rigolote de vos débuts?

Pas vraiment. C’est arrivé progressivement, après La religieuse de Guillaume Nicloux. On a commencé à m’envoyer des choses un peu différentes des grosses comédies. Ça m’a intéressé, puis plus on en fait, plus on en reçoit, c’est toujours comme ça.

Passer à la réalisation vous plairait?

Oui, beaucoup. J’ai le sentiment qu’on est tout-puissant, qu’on peut tout faire, alors qu’en tant qu’acteur, on est l’outil de quelqu’un.

Vous vous sentez frustrée en tant qu’actrice?

Oui, parfois. C’est l’envie de gravir les échelons, je pense. C’est normal. Plus on est à l’aise sur un terrain, plus on a envie d’agrandir ce terrain. Plus jeune, ça me paraissait inatteignable, alors qu’aujourd’hui je vois que c’est possible. Je sais comment ça fonctionne.

Il y a des réalisateurs avec qui vous avez envie de travailler?

Arnaud Desplechin, les frères Larrieu, les frères Dardenne, Abdellatif Kechiche, Céline Sciamma.

Et à l’international?

On me propose souvent des rôles de frenchie, un peu anecdotiques. C’est rare d’avoir de très beaux rôles. À part Marion Cotillard, je n’ai pas d’exemple d’acteurs français pour qui ça a fonctionné, donc je ne me fais pas trop d’illusions. La raison pour laquelle je pourrais accepter, c’est pour avoir plus de propositions, par la suite, en France.

Le rôle d’une James Bond Girl, par exemple?

Avec les chips que je suis en train de manger, ça ne risque pas d’arriver! (rires)

La télévision ne vous manque pas?

Le direct, surement pas! J’étais toujours très stressée. Le fait d’être devant 2 millions de personnes m’a terrifiée du début à la fin. Après, je ne regrette pas de l’avoir fait, j’écrivais mes propres textes et quand ça marchait, c’était très chouette.

Vous aimeriez retravailler avec Guillaume Gallienne?

Oui, parce que je m’entends très bien avec lui. J’ai énormément aimé Les garçons et Guillaume à table! C’était vraiment un super film. Un premier, en plus!

Et le théâtre?

J’ai trop peur, parce que c’est du direct…