Interview avec l’équipe de The Gambler Who Wouldn’t Die vu au BIFFF

Giancarlo Giannini (Casino Royale, Quantum Of Solace, The Gambler Who Wouldn't Die)

Giancarlo Giannini (Casino Royale, Quantum Of Solace, The Gambler Who Wouldn’t Die)

The Gambler Who Wouldn’t Die est seulement votre second film en tant que réalisateur ? Pourquoi avoir attendu si longtemps avant de recommencer ?

Je n’ai pas la vocation d’être réalisateur. Je n’avais même pas la vocation d’être acteur. J’étais électronicien et je suis devenu acteur par hasard. Je ne sentais pas l’exigence en moi de réaliser un film. Lorsque j’ai des idées, je les raconte et c’est pour ça que je n’ai pas réalisé d’autre film avant celui-ci. Maintenant que je suis plus âgé, j’ai accumulé de l’expérience et j’ai eu du temps pour élaborer l’histoire.

Vous n’en n’avez pourtant pas écrit le scénario.

Une personne comme Billy Wilder a toujours eu plusieurs personnes pour l’aider à écrire un scénario. Ce scénario part d’un conte que j’avais écrit sur 2 pages dans une auberge. J’avais raconté cette histoire au concierge à 3 heures du matin. A la fin de l’histoire, le concierge était effrayé et je lui ai donc dit que ce n’était pas vrai. Cela parlait de la chasse à l’homme organisée dans le passé qui est à la base du film. A partir de ces 2 pages a été écrit le scénario par plusieurs personnes que j’ai coordonné mais je ne veux pas prendre de mérite pour ça parce que eux ont beaucoup travaillé là-dessus. J’ai déjà joué et réalisé le film, c’est pas mal.

Extrait de The Gambler Who Wouldn't Die de Giancarlo Giannini (2014)

Extrait de The Gambler Who Wouldn’t Die de Giancarlo Giannini (2014)

Qu’est-ce qui vous a plu à tous les deux dans cette histoire ?

Giancarlo : C’est faire le film en lui-même qui m’amusait. Il y a eu des problèmes au niveau de la co-production avec les canadiens et ce challenge m’a intéressé. C’est moi qui ai décidé de faire le film dont je n’avais pas de restrictions et ce ne fut que du bonheur. C’est beau de pouvoir faire ce qu’on veut. Ca coute de l’argent, de l’énergie mais le fait de le faire et le résultat sont magnifiques.

Silvia : Hélène est un personnage difficile. Beaucoup d’actrices rêvent de jouer un personnage comme Macbeth qui a beaucoup de facettes. Hélène est aussi un personnage extrême et très courageux et pour moi c’était un défi de pouvoir l’interpréter. Beaucoup de monde dit vouloir jouer des personnages extrêmes mais travailler avec 2 légendes du cinéma comme Giancarlo et F Murray Abraham ce n’est pas facile. C’est un défi de tous les jours.

Le ton du film est particulier. C’est très dramatique durant les parties de chasse et ça a un côté comédie lors de vos scènes à deux, notamment celle de la voiture. Pourquoi avoir choisi ce contraste ?

 

Le personnage principal du film est la femme, Hélène. C’est un personnage qui n’est pas expliqué. Elle est introduite tout de suite, puis abandonnée et puis réintroduite lors de la scène de la voiture. J’aurais pu ne pas la présenter et l’introduire seulement lors de la scène de la voiture mais ça n’aurait pas été honnête vis à vis du public. On doit savoir qu’elle a un côté différent que ce qu’elle laisse voir à Nikita (joué par Giannini NDLR). Elle n’attend pas que Nikita l’invite à rentrer dans la voiture, elle rentre d’elle-même. On découvre après que c’est sa façon à elle de le connaître avant de le chasser. Ce côté comédie dans le film est faux parce qu’elle joue un rôle. Elle joue la fille naïve qui ne comprend pas trop ce qui se passe. C’est une des scènes les plus banales mais en même temps une des plus réalistes du film avec les scènes où Nikita est chez lui avec sa copine. Et c’est intéressant de savoir que la scène de la voiture a été tournée en une seule prise. Trois caméras tournaient en même temps et en plus il pleuvait. On a du la jouer sous un drap.

Ce qui est aussi important c’est l’image d’Hélène jouant du piano qui s’arrête pour fumer et puis reprend avec la cigarette. Ca c’est pour montrer le côté un peu anarchiste du personnage. C’est avec ces images là qu’on montre le plus. Lors du passage du muet au sonore, Chaplin a fait une expérience avec des électrons qui a montré que le public est plus influencé par les images que par la parole. 83% des personnes sont dans ce cas. Le public voit les images. Les images sont directes tandis que la parole doit être filtrée donc c’est plus complexe. La musique aussi est universelle. La parole non. En plus, dans cette scène du piano, c’était du Schuman qu’elle jouait, pas un simple jingle. Donc c’était assez complexe.

Extrait de The Gambler Who Wouldn't Die de Giancarlo Giannini (2014)

Extrait de The Gambler Who Wouldn’t Die de Giancarlo Giannini (2014)

Silvia, qu’est-ce que ça fait d’avoir comme partenaire le réalisateur du film ? Ca change quelque chose ?

Silvia : J’avais déjà travaillé avec Giancarlo et j’avais pu voir sa générosité dans son travail avec ses collègues. Il adore partager et communiquer ses connaissances à des acteurs plus jeunes, notamment lors de cours qu’il donne. C’est vraiment une vocation qu’il a d’apprendre des choses aux autres. Par contre, le voir en tant que réalisateur c’était une nouveauté. J’ai découvert en lui un côté très exigent. Il a les idées très claires et donc c’est l’acteur qui doit rentrer dans sa pensée. Il doit s’adapter à sa pensée.

Giancarlo, vous êtes également connu en Italie pour avoir doublé Al Pacino, Jack Nicholson, Gérard Depardieu, Ian Mc Kellen et Dustin Hoffman. Est-ce que l’expérience du doublage est un plus pour un acteur ?

C’est une expérience très divertissante mais je considère aussi le doublage comme une monstruosité. La meilleure façon de comprendre un acteur c’est d’écouter sa voix, ses expressions. Quand il y a de l’ironie faite par un acteur américain, ce n’est pas toujours compréhensible pour les spectateurs italiens parce que le doublage n’inclut pas vraiment l’ironie des américains. Un des buts du doublage est de changer les phrases et de les adapter au public ciblé tout en gardant l’ironie qui était dans la phrase d’origine. Donc c’est une monstruosité mais c’est divertissant à faire.

Silvia de Santis, Giancarlo Giannini et moi après notre interview

Silvia de Santis, Giancarlo Giannini et moi après notre interview