Interview : Bouli Lanners (Les Géants)

On 1 novembre 2011 by Christopher


Pour la sortie de son troisième long métrage, Les Géants, le réalisateur belge s’est prêté au jeu des questions de blogueurs.

 

Bouli Lanners, réalisateur des Géants

Bouli Lanners, réalisateur des Géants

 

Ecrire seul aujourd’hui pour un réalisateur est-il compliqué ?

Non pas nécessairement pour la simple et bonne raison que c’est ma façon de faire. On m’a proposé des choses diverses, comme des adaptations. Mais je ne sais pas si dans ce registre j’arriverais à faire une histoire et la porter à l’écran, aussi que lorsqu’elle vient de moi. J’écris mes histoires et il n’y a pas la place de faire autre chose, si ce n’est jouer.

 

Justement, vous êtes régulièrement dans vos propres films, sauf dans le cas des Géants. Vous y avez pensé ?

Au début oui… mais il y a les trois petits à gérer (sourires). J’aurais pu faire un petit rôle, mais ça aurait été bizarre. J’ai préféré rester en retrait dans la direction. Je jouerai dans le prochain.

 

Le film laisse la part belle à la nature, une chose rare dans le cinéma d’aujourd’hui, très urbain…

Je ne voulais pas faire un film social. J’adore la nature, c’est le décor de mon enfance. Et puis on a traversé cette rivière, après avoir fait le tour de ce qu’il pouvait y avoir autour du Rhin. Celle-ci était une évidence. Mais tourner dans un tel cadre a engendré quelques complications, d’autant que ce lieu est une réserve naturelle, donc on n’avait par exemple pas le droit d’utiliser un bateau à moteur. Mais le cadre était magique, l’endroit parfait pour tourner. S’immerger dans la nature, c’est excitant, grisant. Je ne touchais plus à l’être des gamins.

 

La rivière est-elle justement une référence au classique La Nuit des Chasseur ? Parce que le film multiplie les références et les thématiques…

Oui cela pourrait le faire effectivement. J’avais aussi pensé à Délivrance. Après cela reste du travail de l’écriture et du ressenti personnel, on ne peut pas plagier, je n’en vois pas l’intérêt. Au niveau des thématiques, celle qui revient en force est celle de l’explosion du cocon familial et la liberté des enfants pour s’en éloigner aussi.

 

La scène finale justement sur cette rivière ?

Il y avait pleins de façons possibles de terminer ce film. Mais ces enfants devaient partir vers une autre aventure. Je ne sais, ni ne sens, ce qui va se passer, mais j’ai envie d’y aller avec eux. Du coup, je suis resté sur cette scène ouverte.

 

 

Tourner avec des adolescents, une partie de plaisir ?

(rires) On est tous redevenus des ados sur le tournage. Il fallait catalyser l’énergie et ils en avaient à revendre. A l’inverse, on s’est servis de quelques scènes pour leur permettre l’exutoire que l’on recherche aussi dans ce film. Je pense par exemple à cette scène dans la salle de bain de cette belle maison squattée, où ils se lâchent totalement. Et toi, t’es avec ta caméra et tu captes ces moments.

 

Une question que l’on doit vous poser souvent : d’où vient le titre Les Géants ?

En fait, à chaque film, je mets un jambon en jeu pour celui qui trouvera le titre du film, celui qui sonne bien. Et j’ai eu du mal à en trouver un pour ce film. C’est un amie à moi qui l’a trouvé après avoir lu le scénario, et elle m’a dit : « leur histoire… c’est des géants ! ». En gros ils ne sont pas adultes, mais il y a quelque chose de géant dans leur attitude, et c’est en ça qu’ils se démarquent.

 

Comme ces enfants, vous êtes le symbole d’un cinéma marginal. Pour autant, arrive-t-on en tant que cinéaste à faire abstraction du contexte de son pays, même dans les films ?

Mon pays, la Belgique, c’est le far-west, et depuis longtemps. Je n’arrive pas à m’identifier à ce pays, pourtant je suis belge. Dans mes films, je mets une certaine distance avec ce pays qui se désintègre.

 

Vous êtes clairement aussi éclectique que marginal. Est-ce qu’il est facile de passer d’une super-production comme Astérix à un petit d’auteur ?

Oui assez. (Sourires)

 

Et on en tire quoi ?

Beaucoup d’enseignements. Chaque expérience peut être différente, ne serait-ce que par le fait de tourner avec d’autres personnes. Pour Astérix, le plateau de tournage ressemble à une véritable armée. Comme j’ai goûté à de nombreux postes dans le cinéma, j’aime regarder ce qu’il se passe. Je ne dis rien parce qu’il est insupportable de se faire reprendre par quelqu’un d’extérieur. J’ai beau être un directeur, je ne permets pas de reprendre un réal sur le plateau, ou un autre acteur. C’est insupportable ! Ce qui est génial avec la super-production, c’est son aspect international… et aussi les cascades.

 

Votre relation avec la France ?

Elle est vitale pour mon cinéma, mais aussi pour le cinéma belge. On est clairement dépendant de la France, ne serait-ce que pour la production ou la distribution. Je me sens français aussi, quand je tourne ici, je ne sens pas la différence. Par exemple, mon agent est français…

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