Rencontre avec la réalisatrice du documentaire Et les mistrals gagnants

C’est un soir d’hiver particulièrement froid, l’interview a lieu dans un petit restaurant, quelques jours après l’avant-première à l’UGC Bercy et peu de temps après les projections presse. Anne-Dauphine Julliand nous avait déjà raconté en quoi le film lui tenait particulièrement à cœur puisqu’elle avait perdu un enfant lors d’un Q&A, nous connaissions donc déjà ses intentions en réalisant le projet. Et les mistrals gagnants suit d’ailleurs un premier livre, témoignage de son expérience, Deux petits pas sur le sable mouillé. Mais ce n’est pas de la vie d’Anne-Dauphine dont nous allons ici parler mais de celle de son documentaire, Et les mistrals gagnants, qui mettait en valeur cinq enfants malades.

Comment avez-vous fait pour tourner dans un hôpital ? Comment avez-vous acquis la confiance du personnel ?

Nous avions une équipe légère. Et nous sommes arrivés avec un enfant, patient à l’hôpital. Lorsque nous les avons démarché, nous avions déjà les enfants. Les médecins ont accepté avec enthousiasme. Après il y avait un règlement très strict, des droits à l’image, règles d’hygiène… Nous nous sommes pliés à ça.

Comment avez-vous trouvé ces enfants ? A qui avez-vous fait appel ?

J’avais des réseaux de confiance, des associations, du personnel paramédical… J’avais déjà beaucoup préparé le terrain. Nous avons trouvé six enfants mais nous avons vite compris que ce ne serait pas possible pour l’un d’entre eux, compte tenu son état de santé. Les autres sont tous dans le film.

Quelle a été la plus grosse difficulté technique ? Et celle de production ?

Pour la production, j’ai du convaincre les partenaires financiers de soutenir un film sur un tel sujet. La production a duré trois ans. Pour la technique, je n’avais volontairement pas de scénario. Il a fallu une grande souplesse de la part de l’équipe. Il fallait suivre les enfants à leur hauteur, il y avait beaucoup de caméras portées pour ça. On a couru après eux dans des couloirs d’hôpital… Pour les scènes dans la voiture le directeur de la photo était à côté de l’enfant, il n’y avait toujours qu’une seule caméra, sinon il courrait après l’enfant. L’équipe technique était très compétente et moi, c’était ma première expérience.

Photo de tournage de Et les mistrals gagnants. Copyright Nour Films

Comment s’est déroulé la construction du film ? Comment avez-vous géré ça au montage ? Etiez-vous présente lors du montage ?

On a construit le film autour des grandes lignes de la journée de ces enfants. Au final, on avait 110 heures de rushes pour une cinquantaine de jours de tournage, pendant toute une année. J’ai été présenté pendant tout le montage et c’est quelque chose qui m’a beaucoup plu. C’est un travail de dentelle, le montage.

C’est un film qui, par votre histoire personnelle, vous tient beaucoup à coeur. Avez-vous donc des appréhensions particulières quant à sa réception, même si je ne me fais pas trop de soucis pour lui ?

Il s’agit surtout de lever l’appréhension de certains spectateurs. On ne doit jamais oublier que c’est surtout un film sur la vie. J’espère que les spectateurs vont maintenant bien se l’approprier.

Effectivement, c’est parfois triste, on est ému mais ce n’est pas très lacrymal… Ou du moins pas tire-larmes.

Oui, c’est parce que les enfants ne sont pas dans le pathos.

Copyright Nour Films

La chanson de Renaud était là dès le départ ou est-ce venu lors du développement du projet ?

Le titre était là très vite, dans le projet. Mais j’étais prête à faire une concession, à ne pas intégrer la chanson si elle ne trouvait pas sa place dans le film. Puis finalement, elle s’est naturellement intégrée à un passage…

J’ai vécu le film comme une leçon de vie, était-ce votre souhait ?

Oui, une leçon de vie ou une leçon de bonheur… Les enfants nous rappellent ce qu’est la vie. Et que même ses difficultés n’empêchent pas de l’aimer…

Quel était le rythme de vos journées ?

Ca dépendait beaucoup des jours et de l’enfant… On a parfois eu des journées très courtes.

Quand on demande à Anne-Dauphine Julliand si elle a une anecdote de tournage, elle nous raconte comment Ambre, une fillette du film passionnée par le théâtre, a tenu à la déguiser en princesse. « Je me suis retrouvée avec une robe de princesse taille 10 ans« , explique-t-elle en riant. On a la remercie pour cet interview, ainsi que l’attachée que presse.

La critique du film est disponible ici.

A propos de l'auteur

Manon Franken

Diplômée d'un BTS audiovisuel, étudiante en master cinéma, écrit un mémoire sur Benoît Debie. Fangirl quelque fois parce que "qu'est-ce que le cinéma sans passion ?".

Articles similaires