Une fable russe sur l’acceptation de la différence

Zoologie est une fable actuelle sur la différence. Natasha, femme entre deux âges, a une vie est absolument banale et sans saveur : employée dans un zoo, méprisée de ses collègues, vivant avec sa mère. Un jour, sans raison apparente, une queue lui apparaît. Sa vie change tout à coup, à moins que ce soit elle qui ait décidé de la changer pour de bon.

Ivan I. Tverdovsky est un jeune réalisateur russe dont le premier film Classe à part, chronique sur l’adolescence,  avait été très bien accueilli. Il revient pour son second film avec un thème assez loufoque : l’apparition d’une queue chez une femme sans histoire qui lui sert de base pour créer sa fable visuelle et absurde sur la différence. L’un des premiers traitements du film est d’abord l’acceptation personnelle du personnage principal, incarnée par la superbe et très vraie Natalya Pavlenkova, dont la vie avait été jusque-là sans intérêt. Elle se laisse écraser par ses collègues, vit chez sa mère sans famille, n’a pas d’histoire amoureuse. L’apparition de la queue va lui faire prendre conscience de cette non-vie qu’elle mène et va la réveiller. Cet appendice qui sera d’abord vue comme une malédiction sera ensuite le commencement d’une nouvelle façon de voir le monde.

 La seconde manière d’appréhender le film est ensuite plus global. La différence est aussi vue par les autres. Ivan I. Tverdovsky se permet dans Zoologie une critique assez légère de la Russie actuelle, plus particulièrement son conformisme et ses croyances bornées, personnifiées par les différentes « bonne femmes » que Natasha croisent et qui répandent la rumeur, mais aussi par l’homme d’Eglise qui est incapable de réponse pertinente. A côté de cela, il y a le manipulateur de la radio qui accepte, et même s’intéresse un peu trop, de cette différence jusqu’à ne plus voir que cela chez Natasha.

Esthétiquement, le film a une gamme de couleur très douce dans des tons gris et bleus, renforcé par le fait que le film se situe en bord de mer et par les bâtiments gris. Ces couleurs semblent refléter le caractère calme de Natasha. Les éléments récurrents plus intensément colorés sont les animaux du zoo qu’elle choie tous les jours, comme une partie d’elle-même encore en cage. Cette impression,  est renforcée par le jeu de Natalya Pavlenkova qui montre l’émancipation parfaitement, à la fois crédible en femme transparente puis en femme libérée, le maquillage et la coiffure aidant également.

Zoologie est un film original dont la portée métaphorique est assez grande. C’est une fable sur l’acceptation de la différence ce qui peut être interprété de diverses manières, comme de manière très littérale si l’on considère qu’une queue est apparue chez une femme (mais de manière beaucoup plus fine que dans Si j’étais un homme…). La fin assez radicale et les quelques pics tous le long du film montre que le réalisateur a souhaité faire une critique de la Russie actuelle. De plus, le film est assez abouti esthétiquement.