L’amour sans limites

Quand une jeune femme, en recherche des réponses, arrive inattendue au lieu de travail d’un homme âgé, les secrets du passé peuvent bouleverser sa nouvelle vie. Leur confrontation permettra de découvrir des souvenirs enterrés et des désirs indescriptibles. Cela les secouera tous les deux au cœur.

Souvenirs enterrés et désirs indescriptibles. Cela résume bien la trame d’Una. Benedict Andrews, dont c’est le premier film après une expérience de théâtre filmé, s’intéresse au roman Blackbird de David Harrower, qui signe d’ailleurs l’adaptation en scénario de son propre texte. Le sujet est sulfureux, complètement casse-gueule puisqu’il traite de pédophilie. Ce qu’Una a vécu étant jeune, c’est une relation amoureuse avec son voisin, Ray, qui a l’âge de ses parents.

Tout commence par une jeune fille de douze ans qui tombe amoureuse de son intrigant voisin. Des enfants tombant amoureux d’adultes, c’est finalement quelque chose de relativement courant et qui n’est pas choquant. Jusqu’au moment où… Ray a aussi ressenti quelque chose et, évidemment, cette aventure s’est terminée de façon terrible. Harrower ne juge jamais ses personnages. Il les montre dans leur réalité et leur sincérité. Car, peu importe l’aspect immoral de la chose, tant Una que Ray a été sincère et honnête l’un envers l’autre. Pour eux, jamais cette relation ne fut problématique. Bien entendu, Ray était pleinement conscient de ce que cela impliquait, tant pour lui que par rapport à la société et à la morale.

Una, âgée de 28 ans, débarque dans une entreprise loin de chez elle, qui est toujours sa maison d’enfance, ce n’est pas Ray qu’elle découvre mais bien Peter. En effet, Ray a changé de nom, de vie. Après la prison, il s’est reconstruit, mettant derrière lui toute cette histoire. Quand Una vient le voir au travail, après toutes ces années où ils ne se sont pas vus, c’est pour s’imposer. C’est pour imposer la vérité, imposer des réponses, faire le point sur ce qui s’est passé. Ce qu’Una ressentait avant toute chose, c’était un sentiment d’abandon. Ray l’avait abandonnée. Les événements ont laissé des traces qui, bien qu’elles semblent indélébiles, peuvent s’effacer en y prenant le temps. A force de discussions, un travail de réparation semble possible.

Benedict Andrews démontre dès les premières minutes sa maîtrise des outils cinématographiques ainsi que sa grammaire. Que ce soit dans des plans à la symbolique forte ou grâce à l’utilisation de travellings ou zooms, Andrews fait preuve d’un certain talent. Grâce aussi à ses compères en charge de la photographie, du montage ou encore de la musique, il parvient à créer une atmosphère parfois pesante. C’est un huis-clos duquel les personnages ne sortiront pas indemnes. Les spectateurs non plus, happés par les prestations de Rooney Mara et de Ben Menselsohn.

Una est un surprenant premier film qui étonne tant par la singularité et la dureté de son propos que par le talent certain de son réalisateur Benedict Andrews. C’est également un film difficile porté par un duo fantastique duo de comédiens, Rooney Mara et Ben Mendelsohn et quelques seconds rôles dont un incarné par Riz Ahmed.