La frontière à ne pas dépasser

Affiche de The Net de Kim Ki Duk

Sur les eaux d’un lac marquant la frontière entre les deux Corées, l’hélice du bateau d’un modeste pêcheur nord-coréen se retrouve coincé dans un filet. Il n’a pas d’autre choix que de se laisser dériver vers les eaux sud-coréennes, où la police aux frontières l’arrête pour espionnage. Il va devoir lutter pour retrouver sa famille…

S’il y a bien un réalisateur qui sort de l’ordinaire, c’est bien Kim Ki-duk. Son dernier né, The Net, était présenté à la dernière Mostra et à Toronto en septembre passé et nous avons pu le découvrir au Black Movie Festival de Genève. Kim Ki-duk, c’est quelqu’un qui déroute, bouleverse, clive avec, notamment, des films comme Pieta ou encore Moebius. Mais, parfois, il sort de son délire pour livrer des choses plus terre à terre. C’est le cas de The Net qui traite d’une thématique très coréenne.

Nam Chul-woo est un pécheur nord-coréen qui, suite à une panne du moteur de son bateau se retrouve en Corée du Sud. A partir de ce moment là, il sera emmené dans des bureaux afin de s’assurer que ce n’est pas un espion. Nam ferme ses yeux, il ne veut pas voir des choses qui pourraient lui porter préjudice car, son objectif ultime reste de rentrer au nord pour retrouver sa famille. Avec une histoire in fine très simple, Ki-duk parvient à aborder plusieurs sujets : la rivalité évidente Nord/Sud, le gouffre culturel, social et économique entre le communisme et le capitalisme, l’espionnage, la défection, l’honneur, la famille, la justice,… Cela a parfois l’air de rien mais c’est toujours fait avec beaucoup de sensibilité et délicatesse. Par moments, il y va avec moins de subtilité mais, ce n’est pas forcément facile de procéder autrement.

Evidemment, tout est vu aux travers de sud-coréens. Le côté partisan est inévitable et peut poser question. Cependant, Kim Ki-duk arrive à jouer avec son sujet, suffisamment pour que l’intérêt soit grand mais aussi pour qu’il y ait un semblant d’objectivité. Ce n’est pas juste le visage d’un nord-coréen en Corée du Sud qui est présenté. Les méchants et les gentils se confondent, personne n’est blanc ou noir. L’ambiguïté règne et est nécessaire. Les personnages sont la clé. Il y a Nam Chul-woo, le pêcheur, son surveillant Oh Jin-woo et celui en charge de l’enquête, une vraie brute. Ce triangle constitue la base et la relation entre les trois est primordiale.

Extrait de The Net

Nam Chul-woo est interprété par un tout grand Ryoo Seung-bum décidément très inspiré. Une immense partie du film repose sur ses épaules et le résultat est plus que probant. Ses deux compères, le garde et l’inspecteur, Lee Won Gun et Kim Young-min sont tout aussi excellents. Ce ne sont pas les noms les plus connus du cinéma sud-coréen mais il ne faudrait pas perdre de vue la suite de leur carrière.

Au final, The Net est un bon film Kim Ki-duk. Ce n’est pas dans le style que l’on préfère chez lui mais cela brosse un portrait saisissant, mais aussi frustrant, des relations intra-coréennes. Le sujet est bien traité tandis que le trio d’acteurs fait le reste. Encore un joli coup de la part de Kim Ki-duk.