Douloureusement drôle adolescence.

La vie de lycée devient encore plus insupportable pour Nadine quand sa meilleure amie, Krista, commence à sortir avec son grand frère.

Parce que les comédies dramatiques centrées sur des adolescents nous ont trop souvent habituées à la surdramatisation de conflits superficiels, il serait tentant de voir dans les problèmes traversés par Nadine, la protagoniste de The Edge of Seventeen, un exemple supplémentaire des préoccupations frivoles et égocentriques qui occupent ce type de films. En apparence, il semble en effet que l’on s’apprête à assister à une énième tempête dans un verre d’eau : jeune fille solitaire et caractérielle, Nadine voit son quotidien chamboulé lorsque sa meilleure amie se met en couple avec son frère, le même qu’elle a passé tant d’années à honnir. Diantre.

Mais contre toute attente, The Edge of Seventeen surprend. Avec une sincérité et une mélancolie qu’on a rarement vues dans le genre, le film envisage ce conflit en apparence anodin comme la manifestation d’un profond mal-être existentiel. Notre protagoniste est une adolescente qui vit sur des bases fragiles, et sous ses fiers dehors d’outsider qui clame à qui veut bien l’entendre sa différence se cache une personne qui aspire désespérément à être quelqu’un d’autre – une personne qu’elle pourrait accepter. Quelques fâcheux (voire tragiques) concours de circonstances plus tard, et la voilà dans la grande profondeur de l’adolescence, où elle tente avec un succès très relatif de garder la tête hors de l’eau. La série de décisions qui suivent sont en majeure partie catastrophiques : rébellions disproportionnées contre sa mère dépressive, disputes envenimées avec l’ensemble de ses proches, et tentatives magistralement maladroites de délaisser ses vêtements mal assortis en vue de séduire le beau voyou de son école.

Mais si Nadine possède une personnalité – et une garde-robe – indéniablement à part entière, le portrait de ses souffrances sera familier pour beaucoup : son dégoût de soi-même, ses désirs irrationnels et sa propension à se regarder le nombril sont des réactions au travers desquelles toute personne ayant un jour été adolescente pourra se reconnaître. On pourra éprouver une certaine douleur à revivre ces sentiments difficiles, tout comme on pourra en tirer un certain plaisir : se retrouver dans un portrait si authentique à quelque chose de réconfortant.

Cette rare justesse, Kelly Fremon Craig l’atteint autant par son regard compassionnel que par son humour mordant. Le film reconnaît en effet que l’orgueil et la personnalité caractérielle de sa protagoniste prêtent à rire, et n’hésite pas à la remettre à sa place. La relation qu’elle entretient avec le personnage incarné par Woody Harrelson, un professeur sarcastique, est particulièrement emblématique de cette approche. Ils interagissent l’un avec l’autre en se lançant des répliques délicieusement cruelles, mais leurs moqueries cachent un respect mutuel que le film envisage avec humanité.

La relation entre ces deux personnages fonctionne en grande partie partie grâce à la performance de leurs interprètes : Harrelson, bien sûr, mais surtout Haylee Steinfeld, qui fait preuve d’une autodérision qu’on ne lui soupçonnait pas. Elle démontre ici son extraordinaire talent comique, tout comme sa capacité à jouer avec précision des émotions à fleur de peau, et on ne peut qu’espérer que ses prochains rôles lui permettront de démontrer l’éventail de son jeu.

The Edge of Seventeen ne se discerne pas pour autant complètement de la moyenne des comédies américaine. Avec ses images banales et plates, le film a à peu près autant de panache visuel qu’une publicité pour yaourt ; une pauvreté esthétique qui fera peut-être que beaucoup passeront à côté du film. Il serait cependant regrettable d’ignorer ce long-métrage qui, sans en avoir l’air, a tout d’un futur classique du genre. Rares sont les films qui saisissent avec autant de justesse la grandeur et le malheur d’avoir 17 ans.