Quand la technologie s’immisce dans la vie privée

Les Etats-Unis, dans un futur proche. Mae est engagée chez The Circle, le groupe de nouvelles technologies et de médias sociaux le plus puissant au monde. Pour elle, c’est une opportunité en or ! Tandis qu’elle prend de plus en plus de responsabilités, le fondateur de l’entreprise, Eamon Bailey, l’encourage à participer à une expérience révolutionnaire qui bouscule les limites de la vie privée, de l’éthique et des libertés individuelles. Désormais, les choix que fait Mae dans le cadre de cette expérience impactent l’avenir de ses amis, de ses proches et de l’humanité tout entière…

Après, entre autres, The Spectacular Now, James Ponsoldt s’attaque à The Circle, roman de Dave Eggers qui traite de sujets on ne peut plus actuel, celui des réseaux sociaux, de la vie en ligne et de la transparence. Pour ce faire, il a réuni un casting 5 étoiles mené par Emma Watson et Tom Hanks.

The Circle est une œuvre qui n’est pas simple. Il n’y a pourtant pas de difficulté particulière à comprendre les grandes lignes à cause de l’aspect un peu mécanique de la narration mais, par contre, le fond est sujet à des analyses qui ne sont pas blanche ou noire. Il y a des zones d’ombre qui peuvent être discutées. Quand Mae est engagée au Cercle, c’est un monde nouveau qu’elle découvre. Le campus n’est pas sans rappeler celui de Google et, non, ce n’est pas un hasard. Tout est fait pour que les employés se sentent bien et, par conséquent, aient du rendement. Soirées, parc pour se promener, jeux,… Cela ferait rêver n’importe quel employé de n’importe quelle boite. L’énergie insufflée par le Cercle est source de motivation auprès des employés. Mae n’y est pas insensible. Tout n’est pas rose pour autant car, entre ses amis, sa famille, les nouvelles connaissances, les patrons de la boite et un mystérieux employé, elle aura fort à faire. Et quand elle deviendra une figure publique de la boite, cela s’aggrave.

Le film n’est pas, à proprement parler, une dystopie. Le monde dépeint n’est pas si éloigné du nôtre. C’est même le nôtre. La vraie différence, c’est que certains éléments de notre monde sont poussés un cran plus loin. Mais à part ça, le portrait fait de l’utilisation des technologies et réseaux sociaux est on ne peut plus actuel. C’est une utilisation à outrance où nos moindres faits et gestes sont à la vue de tous à cause d’une personne qui filmait ou parce que la personne partage tout à ses contacts.

Outre les analyses faciles que l’on peut faire sur la place à donner à son travail, jongler entre ce dernier et sa vie sociale, les réseaux sociaux,… il y a un sujet qui pose véritablement question dans le film, c’est celui de la transparence et du respect de la vie privée, les deux sont très fortement liés. Quand Mae devient une figure publique du Cercle, c’est parce qu’elle a accepté de partager son quotidien avec des millions d’internautes. Jusqu’où est-ce que la transparence est tolérable avant que ça ne soit considéré comme une intrusion dans la vie privée ? Le metteur en scène ne prend pas parti et laisse la réponse en suspend. Cela dépend probablement des individus. Excepté un drame et des complications dans sa vie privée, elle vit plutôt bien le fait de partager la quasi entièreté de sa vie avec des millions de personnes.

Les incidences que cela aura eu sur sa vie ne sont pourtant pas des moindres. Sans trop en dévoiler, on peut tout de même dire que cela va très loin. Trop loin même. Tant est que, en sortant de la salle, c’est un drôle de sentiment qui émane. The Circle est très cynique et amoral. Le personnage de Mae fait des choix que le commun des mortels ne ferait pas et c’est dérangeant. « Est-ce le message que veut faire passer James Ponsoldt ? » C’est en tout cas une interrogation primordiale qui mérite à elle seule la tenue du film.

The Circle est un thriller d’anticipation plutôt réussi, avec des personnages bien écrits et interprétés par un talentueux casting. C’est tout de même regrettable que Ponsoldt n’aille pas plus loin et évacue certains arcs et certaines idées. Il n’exploite pas assez le sujet bien que la direction choisie soit tout de même très intéressante. Et bien qu’elle ne soit pas neuve, elle fait malgré tout son petit effet, ce qui fait de The Circle un film qui se suit facilement, interroge et divertit.