Variations autour du bouc émissaire.

Affiche de Nemesis (Sam was here)

Sam est envoyé par son patron pour prospecter dans une région éloignée, au beau milieu du désert américain. Les rares téléphones ne lui sont d’aucune aide, la ville semble abandonnée et sa seule interaction sociale réside en une émission de radio étrange, dans laquelle les gens crachent leur venin.

Réalisé par un français, Christophe Deroo, qu’on a eu la chance de rencontrer (l’interview est par là), Sam Was Here est une des petites sensations de cette dernière édition de l’Etrange Festival. Tourné en 12 jours dans le désert, le long-métrage propose une réflexion autour de la haine et du principe de bouc émissaire. Sam est un homme particulièrement banal, employé modèle qui espère tout de même être rentré à Los Angeles pour l’anniversaire de sa fille, bien que brouillé avec sa femme. Cet homme lambda au visage plutôt avenant semble sympathique et sans histoire, jusqu’à devenir cible de l’émission radio du mystérieux Eddy. L’intrigue n’attend pas et prend vite des allures de thriller, le personnage en fuite, héros pour lequel on a au premier abord toute notre sympathie, devient un étrange suspect.

On découvre, en même temps que Sam, les accusations d’Eddy, qui rythment le récit et font instantanément prôner le doute, mettant notre ressentis de spectateur en question : c’est justement là où veut en venir Christophe Deroo, qui fait habilement planer la perplexité. Qui, d’un animateur radio à la voix sympathique mais aux sources inconnues, ou d’un homme à priori sans histoire doit-on croire ? Eddy informe-t-il réellement ou repend-t-il la haine ? En voyant sa vie menacé, Sam, dans une optique de légitime défense, devient l’individu violent tel qu’il est décrit par la radio. L’étau se resserre progressivement, à travers une intrigue calibrée avec soin. Sam Was Here applique une histoire simple mais efficace, intelligente et surtout parfaitement maîtrisée. Au delà du suspens instauré et des quelques scènes d’actions, sans grande complexité mais menées tambour battant, le film propose une réflexion claire sur le rôle des médias dans l’incitation à la haine. Le message pourrait aujourd’hui être tout à fait politique – on ne sait pas si l’ambition de l’oeuvre va consciemment dans ce sens mais le fond reste sans aucun doute travaillé et a le mérite de poser les bonnes questions au bon moment. Car, si l’histoire se déroule dans les années 90, avec un bipeur et des cabines téléphoniques en guise de communication, elle est particulièrement actuelle et questionne sur les conséquences de la libre expression dans les nouveaux médias.

Extrait de Sam Was Here

L’autre excellent point du film reste son ambiance, souvent comparé à Quentin Dupieux mais pourtant très différente. Avec ses vastes plaines désertiques et ses motels délaissés, Sam Was Here évoque une déchéance, celle d’une société obnubilée par les paroles d’un animateur de radio gourou comme celle de son personnage dont la chemise au départ immaculée se retrouve petit à petit tachée de sang, brouillant encore davantage les pistes quant à l’issue de l’histoire. Que ce soit à travers d’étranges lumières rouges qui ne quittent plus le cadre ou l’omniprésence bien calculée d’Eddy, Sam Was Here sait instaurer le mystère, musicalement couronné par l’excellente composition du groupe français Christine.

Sam Was Here est un de ces films simples, ou devrait-on dire conçis, dont l’intrigue tient sur deux lignes mais qui, à force de rigueur, de gestion minutieuse des péripéties et grâce à un sujet traité dans son entièreté, offre une oeuvre tout à fait noble et intéressante, qui n’a absolument rien à envier aux plus grosses productions, au contraire. Une belle réussite.

A propos de l'auteur

Manon Franken

Diplômée d'un BTS audiovisuel, étudiante en master cinéma, écrit un mémoire sur Benoît Debie. Fangirl quelque fois parce que "qu'est-ce que le cinéma sans passion ?".

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