Une oeuvre efficace mais impersonnelle 

En provenance de Cape Town, Jacob King débarque à Los Angeles à la recherche de sa sœur disparue. Avec un billet retour pour l’Afrique du Sud sept jours plus tard, et 600 dollars en poche. Au bout de 24 heures, il découvre que sa sœur est morte dans des circonstances étranges…

Après s’être imposé comme un cinéaste belge majeur grâce à quelques excellents, et très personnels, films d’horreur, Fabrice du Welz, que nous avons rencontré, fait sa première incursion à Hollywood avec Message From The King. Apportant toute son expérience et sa maîtrise du cinéma, il signe un film de vigilante au scénario conventionnel, assez éloigné de ses sensibilités artistiques.

Le vigilante de son film a pour nom Jacob King. Tout droit arrivé d’Afrique du Sud, il entreprend une difficile enquête dans les bas-fonds de Los Angeles dans l’intention de retrouver sa soeur. La caméra le suit partout, saisissant ses moindres mouvements alors qu’il s’engouffre dans une toile de corruption, de drogues et de prostitution. Muni d’une chaîne de vélo avec lequel il étrangle et frappe ses nouveaux ennemis, il exerce dans sa recherche de la vérité une violence forte, dont le caractère imprévisible donne lieu aux séquences les plus efficaces du film: des scènes de combat brutales, claires et expéditives.

Malgré ses talents dans l’art de la bagarre, notre héros n’est pas imperméable aux coups. Il se blesse, saigne et perd la victoire à plusieurs reprises face à des adversaires trop armés ; des réactions parfaitement appropriées me dira-t-on, mais qui dans notre ère de justiciers invincibles et autres super-héros sont suffisamment rares pour être soulignées. En ce sens, King s’impose comme un vigilante dans la pure tradition du genre : un homme capable d’apporter son lot de destruction, mais aussi de faillir à sa tâche.

On regrettera cependant qu’en dehors de sa vengeance, le personnage n’apparaisse pas avoir beaucoup de choses à l’esprit. Il reste de bout en bout une figure énigmatique, impénétrable, dont les actions violentes et les longs silences nous laissent incertains quant à sa psychologie. Si l’arrivée d’une information majeure sur son personnage vers à la fin du récit a le mérite de surprendre, elle n’éclaire en rien sa personnalité. Chadwick Boseman fait de son mieux pour donner vie à ce mystère humain, usant notamment de l’autorité naturelle de sa voix pour apporter une contenance à King, mais on ne peut s’empêcher de rêver de ce que le charismatique interprète de Black Panther aurait pu faire avec un personnage plus défini.

Face à lui, c’est sa voisine de motel (et partenaire de crime) qui comble les silences, se montrant aussi expansive dans ses mots que lui peu bavard. Ce n’est pas pour autant une bonne chose : ses dialogues, au travers desquels elle partage les plaies béantes de sa personnalité, nécessitent une touche de subtilité que les scénaristes ne possèdent de toute évidence pas, et la performance maladroite de Palmer ne transcende pas la pauvreté des répliques qui lui ont été données. Les rapports mi-platoniques mi-amoureux que son personnage entretient avec King ne fonctionnent qu’occasionnellement, leur attachement l’un envers l’autre semblant souvent répondre d’une convention narrative, et pas d’un développement naturel de leur relation.

Un nombre impressionnant de seconds couteaux se joignent à eux, souvent dans des rôles particulièrement malsains. Abonné aux personnages louches (High Rise comme La Belle et la Bête ), Luke Evans incarne avec suavité l’homme de l’ombre de ce monde odieux, un dentiste/dealer encore plus fourbe que les criminels avec lesquels il fait affaire. Alfred Molina, dont la personnalité outrancière est toujours très plaisante, apporte quant à lui son enthousiasme au rôle d’un producteur véreux (que serait un film sur les vices de Los Angeles sans une figure hollywoodienne aux moeurs douteuses ?).

Pour un cinéaste hors de son pays natal, Fabrice du Welz parvient remarquablement bien à représenter cette ville qui lui est étrangère. L’identité visuelle du film est ancrée dans un réalisme qui est plus inspiré par la cité des anges que par ses influences cinématographiques. Il ne cherche pas à mythifier ou à sublimer Los Angeles, comme a pu le faire Nicolas Winding Refn avec Drive, mais à explorer la ville dans ses aspects les plus pittoresques, comme ce motel miteux dans lequel réside le protagoniste, dont l’apparente sécurité n’est qu’illusion.

De la personnalité du cinéaste en lui-même, on retrouve quelques traces, tels que son cynisme caractéristique, ou quelques plans d’ « images mentales » semblables à ceux qu’on a pu voir dans Vinyan. Ces occurrences sont cependant trop rares, et Message From The King apparaît le plus souvent comme un film de genre correctement exécuté, mais impersonnel. Une oeuvre mineure dans la filmographie de Fabrice du Welz donc.

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