Caméra d’Or en vue pour Di Giusto ?

Affiche de La Danseuse de Stéphanie Di Giusto (2016)

Affiche de La Danseuse de Stéphanie Di Giusto (2016)

Rien ne destine Loïe Fuller, originaire du grand ouest américain, à devenir une icône de la Belle Epoque et encore moins à danser à l’Opéra de Paris. Même si elle doit se briser le dos et se brûler les yeux avec ses éclairages, elle ne cessera de perfectionner sa danse. Mais sa rencontre avec Isadora Duncan, jeune prodige avide de gloire, va précipiter sa chute.

En début de festival, la sélection Un Certain Regard diffusait un premier film, et donc candidat à la Caméra d’Or, français qui a rencontré un joli succès auprès de la presse et du public : La Danseuse. Ce métrage, très ambitieux, jouit d’un casting impressionnant, surtout pour un premier film : Soko, Mélanie Thierry, Gaspard Ulliel, François Damiens et Lily-Rose Depp.

Il y a de ces films dont on ne sait pas grand chose mais, il suffit qu’un nom vous attire pour que vous alliez les voir. La Danseuse fait partie de ceux-ci. Le nom qui nous a attiré ? Benoit Debie, le chef opérateur belge derrière les films de Gaspar Noé et Spring Breakers d’HarmonyKorine (interview en 2 parties à lire ici et ici). Le film nécessitait une photographie assez éloignée de ce que Debie à l’habitude de faire mais, le résultat est là. On pourrait même trouver des similitudes avec ce que fait généralement le mexicain Emmanuel Lubezki. En plus de ce casting impressionnant, c’est intéressant de voir que la réalisatrice a pu s’épauler d’un chef op de cette trempe. La photo, très léchée, met superbement en valeur les décors, les costumes, les comédiens. C’est indéniablement l’une des réussites du film.

Extrait de La Danseuse de Stéphanie Di Giusto (2016)

Extrait de La Danseuse de Stéphanie Di Giusto (2016)

Stéphanie Di Giusto fait également très fort. On sens beaucoup de maturité dans sa mise en scène. Elle a du talent pour composer ses cadres, tous minutieusement préparés. Rien n’est laissé au hasard. Elle met en place une excellente dynamique rare pour un premier film. Après une si forte impression pour le premier, il faudra se méfier pour le second car les critiques seront là au tournant. En tout cas, du côté de la mise en scène, il y a beaucoup de promesses et l’avenir devrait être radieux pour Stéphanie Di Giusto.

La Danseuse ne serait rien sans son interprète principale, la chanteuse Soko. Elle transcende totalement le film et à une présence, une prestance hypnotique. Rien ne laissait prédire une telle performance de la part de Soko, autant dire que la surprise est totale. A ses côtes, il y a plusieurs comédiens de talent. Gaspard Ulliel est ténébreux, Mélanie Thierry fait un excellent travail aussi. On retrouve aussi Lily-Rose Depp, la fille de Johnny Depp et Vanessa Paradis. On l’a vue plus tôt cette année dans Yoga Hosers, présenté en première mondiale lors du BIFFF à Bruxelles. Ici, elle joue dans son premier film français bien qu’elle ne joue qu’en anglais.

Extrait de La Danseuse de Stéphanie Di Giusto (2016)

Extrait de La Danseuse de Stéphanie Di Giusto (2016)

Les problèmes de La Danseuse viennent plutôt du récit en lui-même. L’histoire est intéressante, se laisse suivre sans peine mais, elle pâtit de quelques problèmes d’écriture. C’est plutôt au niveau des ellipses que le bât blesse mais aussi de la structure générale du récit. Certaines ellipses sont mal gérées et, par moments, Di Giusto s’attarde trop sur certains événements et pas assez sur d’autres. Cela crée un déséquilibre dans le rythme pourtant excellent comme dit plus haut.

Stéphanie Di Giusto a livré une des premières jolies surprises de ce festival édition 2016. Que ça soit son casting ou tout l’aspect technique, de la photo aux décors en passant par les costumes, il n’y a aucune fausse note. Pour un premier long-métrage, Stéphanie Di Giusto fait déjà preuve d’une maitrise rare et réjouissante. En tout cas, il faut surveiller cette metteuse en scène, on risque de reparler d’elle dans le futur.