Papi Brosnan vs la technologie

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I.T. est un thriller, réalisé par John Moore, avec dans le rôle principal Pierce Brosnan. On y suit Mike Regan, chef d’une entreprise de location de Jets privés qui décide de lancer une application, typer Uber mais pour avion. Pour cela, il va croiser le chemin d’un jeune et talentueux développeur qui va se révéler dangereux et ruiner sa petite vie parfaite façon American Way of life.

Une représentation caricaturale et désuète de la cellule familiale Américaine

Mon premier reproche sera celui de la représentation de la famille Américaine qui semble complètement à côté de la plaque, avec bien quarante ans de retard. Premier accro, l’actrice qui joue la femme de Mike a plus de vingt ans de moins que Pierce Brosnan, et elle incarne une femme travaillant dans une primaire ou maternelle (Et encore, on a de la chance, elle n’est pas femme au foyer). Deuxième accro, ils ont une adolescente qui n’est là que pour deux choses: être désirable et faire du placement produit. Et dernier accro, Pierce Brosnan joue un chef d’entreprise à l’ancienne mais qui apparemment n’est même pas capable de préparer plusieurs version d’un fichier pour une présentation avec des financeurs potentiels…

On a donc la caricature de la petite famille américain façon American Way of life : le père respecté qui a réussi, marié à une femme beaucoup plus jeune que lui, pour qu’elle ait toujours l’air jeune et jolie à l’écran, qui travaille avec des enfants pour ne pas trop s’éloigner de sa fonction principale de mère et leur fille adolescente qui n’aura absolument aucun trait de caractère mais qu’on verra en maillot de bain.

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Extrait de I.T. (2016)

Une maîtrise esthétique dans I.T. mais manquant de subtilité

Visuellement, le film est assez travaillé. On a de nombreux plans avec des perspectives dans des couloirs qui ne sont pas désagréables à regarder. Le travail sur les couleurs est également présent. Les lumières froides, vertes et bleues, allant avec l’univers du développeur par exemple. La maison « smart » de Mike Regan est bien pensée avec ses murs très blancs et ses grandes baies vitrées, sorte de métaphore de la vie privée non existante dans un monde hyper connectée. Si le tout manque de subtilité, l’ensemble visuel tient la route tout de même.  J’ai eu plus de mal avec la musique qui a dès le début du film été trop pesante et a essayé de trop guider le spectateur vers une atmosphère lourde, ce qui ne fonctionnait pas très bien.

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Extrait de I.T. (2016)

We don’t need another hero

J’ai tout de même trouvé une sorte d’intérêt sociologique à ce film, mais qui n’a surement pas été voulu. En effet, on trouve dans ce film deux type de personnage bien différents : le héro typique des films hollywoodien des décennies passées, incarné par Pierce Brosnan, acteur mythique qui a joué James Bond, qui est fort, conduit une voiture super cool, super puissante et a des punchlines hyper badass avec en face de lui le jeune hyper intelligent, doué avec les nouvelles technologies, moralement, sexuellement et socialement ambiguë, type de protagoniste qui est devenu la norme des personnages principaux actuels (Mr. Robot, Sherlock, Lisbeth Salander…). Ce film semble être l’aveu d’incompréhension d’une génération face à une autre, l’appréhension face à l’inconnu et la peur de l’obsolescence et de la vieillesse.

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Extrait de I.T. (2016)

En somme, ce film manque son coup avec une représentation caricatural des Etats-Unis et une esthétique manquant terriblement de subtilité. Et même si le rapport de force entre les types de héros de deux générations différents aurait pu être intéressant, il manque le coche avec une morale anti-technologie trop simpliste et absolument pas actuelle.