Critique : Hunger Games, de Gary Ross

by Christopher on 22 mars 2012


Le nouveau phénomène de la littérature adolescente débarque au cinéma. Déjà encensé, Hunger Games peut-il réellement succèder à Twilight ? Quelles sont les forces de cette nouvelle saga ? On décrypte !

 

Affiche du film Hunger Games, de Gary Ross

Affiche du film Hunger Games, de Gary Ross

 

 

Chaque année, dans les ruines de ce qui était autrefois l’Amérique du Nord, le Capitole, l’impitoyable capitale de la nation de Panem, oblige chacun de ses douze districts à envoyer un garçon et une fille – les « Tributs » – concourir aux Hunger Games. A la fois sanction contre la population pour s’être rebellée et stratégie d’intimidation de la part du gouvernement, les Hunger Games sont un événement télévisé national au cours duquel les tributs doivent s’affronter jusqu’à la mort. L’unique survivant est déclaré vainqueur.
La jeune Katniss, 16 ans, se porte volontaire pour prendre la place de sa jeune sœur dans la compétition. Elle se retrouve face à des adversaires surentraînés qui se sont préparés toute leur vie. Elle a pour seuls atouts son instinct et un mentor, Haymitch Abernathy, qui gagna les Hunger Games il y a des années mais n’est plus désormais qu’une épave alcoolique. Pour espérer pouvoir revenir un jour chez elle, Katniss va devoir, une fois dans l’arène, faire des choix impossibles entre la survie et son humanité, entre la vie et l’amour…

 

 

 

 

Une trilogie tirée à 30 millions d’exemplaires, traduite en 47 langues. Un premier tome resté 160 semaines dans la liste des meilleures ventes depuis 2008. Il n’en fallait pas plus pour voir le Hunger Games de Suzanne Collins adapté dans une version cinématographique. Au Printemps 2009, les droits du film sont achetés par Lionsgate, un mini-major –toujours pas reconnu comme tel- qui pense avoir flairé le bon plan, alors qu’Harry Potter explose tous les records et que Twilight fascine le public et divise la critique. Etonnant pour une firme dont les titres sont axés sur le cinéma de genre, souvent violent, comme la franchise Saw par exemple. Cela dit, le choix d’Hunger Games est loin d’être une surprise. Le roman de Suzanne Collins est une sombre critique de la société, actrice principale d’une dérive sans nom. Il est le témoin d’une angoisse collective, devenue globale après le 11-Septembre. Son concept est simple : la terrible capitale de la nation Panem (comprendre des Etats-Unis postapocalyptique où un intelligent autoritarisme règne) organise les annuels Hunger Games (jeu de la faim) où chaque district doit livrer une fille et un garçon. 12 districts, 24 participants pour un jeu de télé-réalité qui fascine et tient en haleine tout le pays. La raison : il ne doit en rester qu’un, tous les autres devront y mourir ! Donc non, Lionsgate ne peut pas faire d’Hunger Games une boucherie sans nom même si tout s’y prête. L’adaptation d’un livre déjà bien violent et âpre se doit d’être intelligente. Ainsi Suzanne Collins écrira elle-même le scénario, axant plus autour des personnages, et faisant fonctionner la violence sur les non-dits. Gary Ross (Pur Sang) s’occupera de la réalisation et de la mise en scène. Hunger Games ne sera pas lâché dans la nature, au risque de tout perdre. Car Lionsgate joue gros. Si le budget de 90 millions est assez conséquent (Twilight à ses débuts, c’était un peu moins de 40 millions), Lionsgate joue gros : si succès il y a, la firme rentre enfin dans la cour des grands ; si flop, elle mettra probablement clé sous la porte, alors qu’elle vient de racheter Summit (à qui on doit justement Twilight).

 

 

Extrait du film Hunger Games (2012)

Extrait du film Hunger Games (2012)

 

 

Venons en au film, et rien qu’à lui. Hunger Games souffre déjà d’un poids, voir deux. D’une part, sa comparaison erronée avec Twilight, la seconde se pose sous la forme d’une question : est-il une fidèle et bonne adaptation ? Parce que de point commun avec Twilight, il n’y en a qu’un : comme Bella, Katniss est au cœur d’un triangle amoureux. La comparaison s’arrête là, les torchons ne mélangeront plus aux serviettes. En revanche, c’est oublié à un argument non négligeable: Hunger Games possède le même concept de real TV que Battle Royale ou le récent Ultimate Game, cette fois-ci à la sauce adolescente, donc moins violent.

 

Conscient d’une certaine violence dans le roman, le film opte pour la carte du non-dit. La violence n’est pas explicite, mais très sous-jacente. L’ambiance du film dès les premières scènes nous le prouve assez clairement. C’est sombre, la mise en scène est nerveuse, la caméra constamment en mouvement, les personnages inquiets, le contexte sobrement mis en place et relativement clair. Nous sommes dans un monde postapocalyptique, régit par les plus puissants, au détriment des pauvres qui sont encore ici les boucs émissaires. La caméra de Gary Ross reste neutre : elle est actrice lorsqu’elle est embarquée (quitte à offrir un léger mal de crâne), pour mieux surligner un fait particulier –le stress des jeunes adolescents avant la selection des deux « tributs » est assez parlant- et en même temps, elle reste spectatrice de ce triste spectacle. L’univers est suffisamment passionnant et accrocheur pour susciter notre intérêt, que ce soit le décor sombre du district 12 ou la fascinante et belle capitale qu’est le Capitole, avec ses habitants vêtus de couleurs saillantes et vives, comme une rupture avec un monde extérieur qu’ils méprisent tout en ne le connaissant pas. Ce seul contact, ce sont ces fameux Hunger Games, un show de télé-réalité dont les méthodes font fortement référence aux pires concepts actuels. La quête du sensationnalisme, le vice du spectateur prêt à regarder 24/24 des candidats s’entretuer, l’aspect show et toutes les combines de coulisses visant à rendre le programme encore plus attractif. Tout y est, et la force du propos réside dans le fait que tout ceci est très bien orchestré, jamais surligné au stabilo. Sur quelques rares passages, l’écriture semble romancée, masquée par une habile ironie, mais c’est très vite le contexte du jeu et de l’ambiance qui reprend le dessus, ne laissant pas le temps au film de se morfondre dans des écueils du film adolescent, trop récurrents hélas.

 

 

Extrait du film Hunger Games (2012)

Extrait du film Hunger Games (2012)

 

 

Le monde a changé. Hunger Games le montre sans détour, tout en restant soft. Le film se situe clairement dans la dystopie, contrairement à ses homologues utopiques que sont Harry Potter et Twilight, cohabitation entre les peuples, amour et paix, manichéisme trop évident. Le message est noir. Du pays ghettoïsé à cette relecture moderne et futuriste du mythe de Thésée (des jeunes sélectionnés et enfermés dans un labyrinthe où un terrible minotaure règne), tous les ingrédients y sont. Hunger Games est loin d’être un film idiot. Et même s’il souffre de quelques longueurs (2h20, c’est long) et poncifs du genre adolescent, il reste d’une très bonne facture, ce qui justifie assez amplement les bonnes notes attribuées par la presse.

 

 

Extrait du film Hunger Games (2012)

Extrait du film Hunger Games (2012)

 

 

Reste que pour l’instant, il est difficile de dire si Lionsgate a réussi son pari. Les critiques sont bonnes, mais le public va-t-il suivre ? Une suite est d’ors et déjà prévue pour 2013, toujours sous la direction de Gary Ross, avec la charismatique et maternelle Jennifer Lawrence (une superbe qualité quand on sait que la belle n’a à peine que 22 ans).

 

L’avis : Hunger Games débute sa saga cinématographique sous les meilleurs auspices. L’adaptation du roman est juste, intelligente et il ressort de la technique une maîtrise très certaine, en plus d’une Jennifer Lawrence impeccable. Soit un bon nombre de valeurs sûres qui peuvent faire espérer Lionsgate sur le futur prometteur de cette saga.

 

 

2 Responses to “Critique : Hunger Games, de Gary Ross”

  • Le film est comlètement raté et ne rend pas du tout justice à la puissance narrative de l’oeuvre de Suzanne Collins ! Où sont passés rythme et profondeur ? Le film est long, lent, presque inintéressant voir même chiant ! Ce qui est un comble quand on connait les excellents romans de Suzanne Collins. Avez-vous lu les romans ? Si non qu’avez vous compris de la fin ?

    • Christopher dit :

      Oui j’ai lu le roman, sinon j’éviterais de juger les pages de Collins violentes et âpres.
      A la fin, je pense avoir vu qu’il y aura une sorte de révolte, et qu’en même temps, Katniss va devoir choisir entre ses deux « amoureux ». Comment avez-vous trouvé la fin ?

      En vous remerciant pour votre commentaire.

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