Combat pour la reconnaissance d’une simple mais si importante humanité.

Marina et Orlando vivent tranquillement leur histoire d’amour, malgré leurs 20 ans d’écart, jusqu’au jour où Orlando succombe à une rupture d’anévrisme. Reniée et humiliée par la famille de son compagnon parce que c’est une femme transgenre, Marina va tout faire pour avoir elle aussi le droit de dire au revoir à celui qu’elle aime.

On ne peut malheureusement, en 2017, affirmer que le sujet des personnes transgenre soit suffisamment accepté au cinéma ou plutôt dans un cinéma qui s’afficherait en salles bien qu’on puisse retenir, ces dernières années, les succès de Tomboy de Céline Sciamma et Laurence Anyways de Xavier Dolan. L’absence d’actrices (et acteurs) transgenre reste globalement navrant au sein du paysage cinématographique actuel – on retiendra la polémique autour du choix d’un énième interprète cisgenre dans Dallas Buyers Club, bien que Jared Leto soit un acteur tout à fait respectable. Sebastian Lelio a eu la décence de choisir sa consultante « concernée » en scénario pour son rôle principal, un choix aux intentions nobles et dont il n’a pas à regretter le résultat puisque Daniela Vega, naturellement expressive, captive avec ses grands yeux qui restent secs mais expriment tant.

Le film s’ouvre sur une soirée ordinaire dans la vie de Marina et Orlando, le couple fête, en guise d’exposition, l’anniversaire de madame. La norme des personnages s’impose d’elle-même, avec justesse et sans superflu. C’est ensuite qu’Orlando est victime d’une rupture d’anévrisme et que deux drames apparaissent : le premier est le deuil que traverse Marina, le second la transphobie qu’elle affronte au quotidien. Parce que ce second point est le sujet du film, le premier est souvent mis à l’écart, un choix qui apporte du bon (Une femme fantastique se concentre sur l’essentiel) comme du mauvais (la situation tombe un peu à plat). Il sert néanmoins et astucieusement son personnage principal qui apparaît comme recouverte d’une solide carapace, construite aux fils d’années de souffrance pendant lesquelles elle fut considérée comme une prostituée ou une malade mentale alors qu’elle ne menait qu’une vie professionnelle et sentimentale ordinaire. Le portrait est réussi.

Une Femme fantastique ne présente pas un scénario extraordinaire, à vrai dire il manque de quelques rebondissements et d’un rythme légèrement plus soutenu mais sert également sa volonté de montrer la vraie vie d’une femme trans, sans les clichés extravagants qui peuvent les accompagner au cinéma. Marina a un travail, une famille, une passion pour le chant lyrique mais elle est sans cesse rattrapée non pas par sa volonté mais par le regard et le jugement d’autrui, comme si, devant la prétendue monstruosité de son corps, sa belle-famille voulait en faire un monstre. Les humiliations traversées par le personnage ne sont jamais épargnées au spectateur, montrées avec toute la nécessité qu’il en convient mais sans insistance : elles soulèvent finalement le cœur d’elles-mêmes. Il est d’ailleurs intéressant de constater que le spectateur se voit parfois pris de colère avant Marina comme, si au-delà de sa carapace, elle témoignait également d’un contrôle total de ses émotions, d’une maturité que personne ne semble pourtant vouloir lui accorder.

Enfin, Une femme fantastique présente un rapport intéressant au corps, purement intimiste mais imposant la féminité de son héroïne sans concessions. Une héroïne par ailleurs romantique, une amoureuse qui souhaite faire son deuil et tente bien que mal de se raccrocher à ses souvenirs qui proposent de belles séquences oniriques. On retrouve quelques métaphores bienvenues puisqu’elles servent plutôt bien le sujet, permettant de véhiculer quelques sentiments et émotions du personnage de façon très visuelle. On retiendra également une fabuleuse scène assez jouissive, s’amusant habilement des questions de genre.

Il est difficile de juger de la pertinence complète d’un film abordant la question de la transidentité lorsque l’on n’est pas concerné mais Une femme fantastique semble faire ça bien, ou du moins propose un joli portrait de femme comme une autre, clamant son humanité face à une humiliation permanente. Plutôt pudique, le film ne s’affiche pas comme étant particulièrement engagé et préfère considérer la sensibilité de son public. Sa justesse permettant une identification au personnage, on peut espérer la possibilité d’une petite prise de conscience, par empathie.

A propos de l'auteur

Manon Franken

Diplômée d'un BTS audiovisuel, étudiante en master cinéma, écrit un mémoire sur Benoît Debie. Fangirl quelque fois parce que "qu'est-ce que le cinéma sans passion ?".

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