Greta in wonderland

Greta Driscoll a quatorze et aimerait bien rester dans le monde feutré et doux de l’enfance toute sa vie. Seulement, ses quinze ans arrivent bientôt et sa mère aimerait bien la faire sortir de sa coquille un peu, et organise une fête pour son anniversaire, ce qui ne lui plait pas beaucoup. Lors de cette soirée, elle se retrouve confrontée à ses plus grandes peurs dans un monde absurde et fantastique qui l’aideront à grandir.

Fantastic Birthday est le premier film de Rosemary Myers, directrice artistique du Windmill Theatre à Adelaide. Il est lui-même adapté d’une pièce de théâtre, Girl Asleep, écrite par le scénariste du film, Matthew Whittet, qui joue également le père. Cette connexion avec le théâtre se ressent beaucoup par le choix de costumes ou de petits « trucages » (indications temporelles dans les éléments de décors, par exemple) donnant une esthétique hybride et ludique fort appréciable. Visuellement, le film ressemble beaucoup à ceux de Wes Anderson, notamment dans le choix du format 1.3, des costumes et décors seventies très pop mais aussi dans le choix des cadres jouant souvent sur la symétrie.

Fantastic Birthday est une coming of age story se rapprochant assez de l’univers étrange d’Alice au pays des merveilles. Une jeune fille se retrouve dans un monde absurde face à des personnages qui sont en fait la projection de sa propre réalité. Dans Fantastic Birthday, son père un peu lourd est devenu une créature marécageuse, sa mère, un peu contrôlante, une reine des glaces, le bellâtre petit ami de sa grande sœur, un chanteur européen objet de ses fantasmes etc Et c’est dans ce monde imaginaire que Greta va combattre sa peur de grandir.

Le sous-texte du film est assez féministe et libertaire. D’où le choix de situer l’action dans les années soixante-dix. La période était charnière pour la situation féminine. Pouvait cohabiter ensemble des visions très différentes de ce qu’était la vie de femme : femme au foyer, femme libérée et cela peut ajouter à la confusion identitaire du personnage principale. Mais plus que simplement la condition féminine, c’est le principe même du genre qui est questionnée dans le film. La fin est assez intéressante de ce point de vue-là, car Greta et Eliott décide d’échanger leur tenue qui sont très genrée : une robe rose à volant pour elle et un smoking bleu pour lui. Ils sont libérés des codes et peuvent continuer leur vie en faisant leur propre choix.

Le choix du casting est très bon et chaque acteur arrive à créer son personnage de manière nette et intéressante. Bethany Whitmore (Greta Driscoll) que vous avez pu déjà entendre dans le film d’animation Mary and Max, est toute en moue boudeuse et grand yeux inquiets, sa mère (Amber Mcmahon) est parfaite en control freak aux yeux exorbitées, Matthew Whittet est le père un peu lourd et puéril tel qu’on l’imagine si bien et tous les autres acteurs sont au diapason. La galerie de personnages est pop, colorée et surtout très bien interprétée.

Fantastic Birthday est un film sur le passage de l’enfance à l’adolescence plein de belles trouvailles visuelles. En plus d’être drôle et léger à un premier niveau, il a également, à un second niveau, une réflexion sur la situation de la femme et le genre. C’est un film fantastique à la fois divertissant et prenant. A voir.

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