Retour aux premières amours

Un ancien détective suspecte son voisin d’être impliqué dans une disparition sur laquelle il a enquêté des années auparavant.

Si vous lisez Cinephilia depuis quelques temps maintenant, vous savez probablement que nous affectionnons particulièrement le cinéma asiatique. Ce dernier est trop peu présent sur nos écrans et, les festivals sont donc l’une des rares occasions de pouvoir découvrir ces films chez nous. Kiyoshi Kurosawa fait partie des réalisateurs que nous aimons particulièrement et, 2017 s’annonce bien puisqu’il a deux films prévus : Le secret de la chambre noire et Creepy, que nous avions raté à l’été 2016 à Fantasia.

C’est un thriller dont le personnage principal est un flic devenu professeur à l’université. Il se replonge dans une vieille affaire à la demande d’un ami. Entre son boulot, son passé, sa famille et son déménagement, Takakura va vivre une période mouvementée. Il a affaire à plusieurs trames, toutes plus ou moins liées. Cela montre que la construction narrative, sa structure, est admirablement bien pensée. Elle n’est pas exempte de reproches comme on le verra plus tard mais, dans l’ensemble, elle est brillamment ficelée et est très efficace. Le problème vient dans la dernière partie du film. Alors que, jusque là, le point de vue venait de Takakura et son épouse Yasuko, un changement provient. Ce changement, bien que pas inintéressant, loin de là, semble tout de même être une grosse facilité et cela implique un basculement important. En outre, toute la phase de révélation, celle où le film prend sens petit à petit, est une facilité en elle-même. On n’est pas dans le « ta gueule, c’est magique » mais pas loin. Le film a une certaine logique qui est presque brisée à cause de cela. Et si ça ne gâche pas forcément le plaisir et que ça n’entache pas tout le talent et les qualités du film, c’est tout de même un peu décevant. En tout cas, ça pose question et mérite réflexion. Nul doute ne fait que cela engendrera des débats.

Là où Kurosawa fait fort, c’est évidemment en ce qui concerne la mise en scène. C’est un véritable festival. Une scène en particulier montre bien tout le travail du maître. Pas d’inquiétude, il n’y a pas de spoiler. Elle se déroule dans le bureau de Takakura. Il est avec un collègue, son ancien collègue policier et une jeune demoiselle qu’ils interrogent. Le bureau est grand ce qui permet de jouer avec l’espace mais pas seulement. Il joue aussi avec la lumière. En fonction de ce qui se passe dans la scène, l’intensité de la lumière change, créant ainsi une atmosphère complètement différente avant de finalement revenir à son état initial. En une scène, il fait une véritable démonstration au niveau de la photographie, de la mise en scène, la gestion de l’espace, la composition du cadre,… Ce n’est qu’un exemple, le plus frappant mais, tout le film est du même acabit.

Kurosawa s’épaule d’un ensemble de comédiens très talentueux. Takakura et son épouse Yasuko sont interprétés par Idetoshi Nishijima et Yûko Takeuchi, deux excellents comédiens pas vraiment connus chez nous. Yûko Takeuchi était tout de même dans The Ring de son compatriote Hideo Nakata. Une jeune comédienne, Toru Baba se fait également remarquer dans le film mais, celui qui impressionne le plus, c’est Tereyuki Kagawa. Il a probablement le rôle le plus compliqué à jouer et, il s’en sort plus que bien. Il en impose avec sa prestance.

Creepy est du Kiyoshi Kurosawa pur jus. Les quelques grosses ficelles de fin de films sont dommages mais, l’histoire dans sa généralité et, surtout, la maîtrise exceptionnelle de Kurosawa à la mise en scène l’emportent sur le reste. Le casting fait le reste. Avec Creepy, Kurosawa montre encore à quel point il est un réalisateur essentiel, incontournable quand il s’agit de thriller japonais. Espérons que ça donne envie à des distributeurs de sortir plus de films venus d’Asie, continent qui constitue un énorme pan de la meilleure cinématographie actuelle.

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