Après avoir causer psychanalyse dans le très bavard A Dangerous Method, David Cronenberg s’attaque au capitalisme avec l’adaptation du prophétique roman de Don DeLillo et signe un huis clos étouffant, tout en sublimant un certain Robert Pattinson. Ca se fête !

Affiche du film Cosmopolis, de David Cronenberg

Affiche de Cosmopolis de David Cronenberg (2012)

Dans un New York en ébullition, l’ère du capitalisme touche à sa fin. Eric Packer, golden boy de la haute finance, s’engouffre dans sa limousine blanche. Alors que la visite du président des Etats-Unis paralyse Manhattan, Eric Packer n’a qu’une seule obsession : une coupe de cheveux chez son coiffeur à l’autre bout de la ville. Au fur et à mesure de la journée, le chaos s’installe, et il assiste, impuissant, à l’effondrement de son empire. Il est aussi certain qu’on va l’assassiner. Quand ? Où ? Il s’apprête à vivre les 24 heures les plus importantes de sa vie.


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« On veut toujours ce que l’on veut. Et je veux une coupe de cheveux ». C’est par ce genre de répartie infaillible que le personnage de Robert Pattinson, Eric Packer, domine son sujet autant qu’il le subit. Ce même personnage avait déjà divisé la critique littéraire lorsqu’il se faisait le héros du roman prophétique de Don DeLillo, publié en 2003. Cosmopolis raconte la dégénérescence d’un golden boy, fossoyeur inconscient d’un système en dérive, la faute à un égocentrisme démesuré et une intelligence sans faille. Un personnage complexe, tiraillé, un instrument torturé qu’interprète avec brio Robert Pattinson. Celui qui est considéré aujourd’hui comme l’une des idoles des jeunes, la faute au phénomène Twilight, réussit un sacré tour de force. Celui de camper un personnage qui lui colle à la peau dès les premières secondes. Une classe sobre, des mimiques inévitables mais qui ici ne dérangent jamais, un aimant. Pattinson séduit, il étonne, il déroute.

Extrait du film Cosmopolis (2012)

Extrait de Cosmopolis de David Cronenberg (2012)

A vrai dire, en dirigeant aussi bien Robert Pattinson face à un panel de personnages différents (on y compte entre autre une excitante Juliette Binoche, un sautillant Mathieu Amalric, un amateur de serviette Paul Giamatti…), David Cronenberg cache son principal état de fait : l’adaptation au mot du roman de Don DeLillo. Cronenberg, et c’est tout à son honneur, n’a jamais été un grand supporter des adaptations au cinéma. Difficile de donner une image à un mot, tel est l’argument. Surtout quand celui-ci vient d’un roman aussi complexe que Cosmopolis. Plutôt que se réapproprier l’œuvre, Cronenberg se contente de l’illustrer, de lui donner une chair physique, tout en dirigeant un groupe d’acteurs talentueux. On lui reprochera un manque de distance, un côté froid sans vie voir ennuyeux à cause d’un rythme lancinant. On ne peut lui enlever en revanche la maîtrise formelle du huis clos étouffant, du corps manipulé d’Eric Packer. Cosmopolis ne peut laisser indifférent. Comme souvent avec David Cronenberg, on adore ou on déteste. Paradoxalement, il agit sur ce film une sorte de répulsion, la faute à un rythme étourdissant par sa lenteur. Néanmoins, on ne peut pas cacher cette espèce d’attirance, de pouvoir de séduction. Pattinson est en cause, car à force de le détester et lui trouver des défauts – ce qui n’a rien d’erroné – il finit par nous balancer la porte à la gueule pour la rouvrir sur un homme totalement méconnaissable, habité par un self-made-man dont l’ivresse du pouvoir lui confère un pouvoir de séduction sans fin. Il est surprenant d’ailleurs de voir Pattinson exceller dans les 20 dernières minutes, après avoir survécu au ventre mou du long métrage. Dans un long face-à-face avec Paul Giamatti, le jeune acteur brille dans un personnage pourtant éprouvé par le chaos tout autour. C’est une découverte, assurément l’attraction d’un film qui scotche, déroute et fait renouer son directeur avec le cinéma de l’étrange.

C’est dans l’espace-temps d’une journée que David Cronenberg joue avec le cinéma d’une transformation des corps. Un seul en l’occurrence, celui d’Eric Packer, sublimé par la prestation d’un Robert Pattinson hallucinant. Si Cosmopolis ne fera sûrement pas sauter le spectateur de son siège à première vue, il donne à réfléchir, autant pour la maîtrise glaciale de David Cronenberg que pour le sujet brûlant d’actualité.

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