Critique : Battleship, de Peter Berg
Dans cette grande récréation en pleine mer dirigée par Peter Berg, il y a un objet cinématographique non identifié, aussi difficile à définir qu’à regarder. Une adaptation du célèbre jeu Touché-Coulé décliné ici en parodie des genres SF et catastrophe.
Océan Pacifique… Au large d’Hawaï, l’US Navy déploie toute sa puissance. Mais bientôt, une forme étrange et menaçante émerge à la surface des eaux, suivie par des dizaines d’autres dotées d’une puissance de destruction inimaginable.
Qui sont-ils ? Que faisaient-ils, cachés depuis si longtemps au fond de l’océan ?
A bord de l’USS John Paul Jones, le jeune officier Hopper, l’Amiral Shane, le sous-officier Raikes vont découvrir que l’océan n’est pas toujours aussi pacifique qu’il y paraît. La bataille pour sauver notre planète débute en mer.
Parmi les ovnis attendus en salles obscures pour l’année 2012 se trouvait Battleship. Allez savoir pourquoi, sa bande annonce interpellait par son côté détestable et sa puissance mécanique à vouloir nous en mettre plein la vue. Ce que cette même bande annonce n’avait pas franchement précisée, c’est que Battleship se décline surtout comme une parodie ultra référencée. De E.T à Star Wars en passant bien évidemment par Transformers ou le cinéma explosif et grand spectacle de Michael Bay, Battleship révèle de nombreux clins d’oeil qui plairont probablement aux addicts du genre. Effectivement, lorsqu’on s’ennuie, rien de mieux qu’un petit jeu pour faire passer les longueurs. Hommage, clin d’oeil ou simple parodie délirante et assumée ? On ne sait pas vraiment en sortant, et la facilité voudrait qu’on dise que Battleship est un peu tout cela en même temps. Tentons de poser des mots sur cet objet non identifié, hybride et loin d’être à jeter à la poubelle… À condition d’être doté d’un second degrés capable d’apprécier cet étonnant divertissement.
Des ses premières scènes, Battleship donne le ton. Le scénario et les dialogues seront une coquille vide dans une armature kitch et décalée. À ne surtout pas prendre au sérieux. Alors on se dit qu’on va peut-être rire encore et encore, tout en buvant le chouette spectacle numérique qui s’offre à nos yeux. Le problème est que l’humour est à l’image du film: inconstant et bancal. On peine à sourire à la blague géante qui se présente à nous. Pour la simple et bonne raison que le film n’a pas été vendu comme tel! Et ce n’est que dans ses 20 dernières minutes que Battleship révèle son caractère, mélangeant humour et spectacle avec discernement et intelligence. Chose qui va manquer au film pendant toute sa longue durée (2h10 environ). Il faut réellement attendre un final tardif pour comprendre tout l’intérêt que l’on pourrait porter à ce film. Il s’agit alors plus que jamais de l’adaptation étonnante du jeu Bataille navale, aussi connu sous le nom de touché-coulé, mêlé à une relecture du Pearl Harbor façon SF et sur fond dAC/DC en guise de bande-son rock (alors que le reste du film nous a bassiné avec des sons métalliques et de basse façon Inception). Et ce qu’on était en droit d’attendre sur l’ensemble du long métrage vient nous exploser en pleine face. Tout y est. C’est jouissif, impertinent, brillant de mise en scène et de spectacle, drôle et presque attachant. Etvoilà que le scénario se nourrit également de punchlines et de répliques ridicules qui se marient à merveille avec l’ambiance proposée, tout en s’amusant des codes du genre. On aurait presque des regrets en quittant la salle, celui de ne pas avoir vu un film exploitant jusqu’au bout son concept comme Hot Fuzz, Galaxy Quest ou encore récemment Paul, qui l’avaient fait avec plus de brio et de clarté.
Irrégulier, répétitif et loin d’être captivant, Battleship est un punching ball à lui tout seul, à l’image de son actrice bonnet E, aussi tête à claque que son lover du jour, un certain Taylor Kitsch, pseudo acteur qui depuis John Carter prouve à merveille que son nom de famille n’est pas qu’un signe du hasard. Liam Neeson, pourtant habitué aux nanards (La colère des Titans est encore en train de sévir en salles au moment où ces lignes sont écrites) apparaît comme le leader naturel et charismatique, cliché de ses personnages joués et rejoués par l’acteur dans ses différents films. La présence de Rihanna semblait être le seul élément prémonitoire d’une parodie, puisque la chanteuse prouve qu’elle n’a aucun talent d’actrice, mais arrive à ne pas décevoir et à se montrer à la hauteur de son rôle. Bref, tout est surjoué, surligné à outrance, avec une très forte dose de testostérone et surenchères vomitives (explosions à outrance, bruit assourdissant, usage de ralentis inutiles) qui pourraient en dégoûter plus d’un, d’où les nombreuses critiques presse négatives, ruminant l’inutilité d’un film, qui est pourtant loin d’être si vide bien que largement dispensable.
L’avis : Destiné à un public bien particulier et averti, on peut autant détester ce Battleship que l’apprécier à sa juste valeur : un divertissement sans grand intérêt artistique, qui tombe dans la débauche visuelle mais nous amuse également lorsqu’il joue la carte de l’auto-dérision, de la parodie assumée et du spectacle bruyant. Derrière la vacuité d’un scénario qui n’a pas grand-chose à proposer, se cache un sens de la mise en scène inspiré et parfois jouissif, qui placerait presque le film de Berg dans la lignée d’Hancock, son dernier film, très parodique lui aussi, et qui précipitait le réalisateur aux sommets d’Hollywood. Ce Battleship devrait peut-être le faire redescendre, vu l’inégalité et les défauts qui jonchent cette mascarade difficile à définir.









