Coup d’œil sur le cinéma d’auteur mondial

Ce qu’il y a de bien avec les festivals, ce que l’on peut découvrir des films qui, souvent, ne sortent pas en salles. C’est évidemment compliqué pour les journalistes d’aller parler de film qu’il sera compliqué pour le public de découvrir, créant ainsi un dilemme : faut-il tout de même en parler ou non ? Pour nous, oui. Ces films sont parfois visibles par la suite en DVD/BR ou en VOD. En cette fin janvier, c’est au Black Movie Festival à Genève que nous nous sommes rendus à l’invitation des organisateurs. Heureusement, plusieurs films que nous avons pu voir sortent dans nos salles, vous pourrez donc prochainement les découvrir.

Jour 1

En cette première journée de festival, deux films étaient prévus au programme mais, pour des raisons d’horaire, nous n’avons pu voir que The Net de Kim Ki-duk. Creepy de Kiyoshi Kurosawa devra être rattrapé plus tard.

La critique complète de The Net, qui avait été présenté à Venise, est d’ores et déjà disponible ici mais, en quelques mots, on peut dire que c’est un drame plus classique de la part d’un réalisateur qui nous a pourtant habitué à la violence, l’excès, le sexe,… Il narre ici une histoire nord/sud coréenne qui en dit long sur les relations entre les deux états. Et, contrairement à ce que l’on pourrait croire, la Corée du Nord n’est pas l’unique méchant de l’histoire, c’est plus complexe que cela.

Extrait de The Net

Jour 2

C’est par un film chinois que la journée a débuté. Le titre : My Land. Cela aborde la problématique des ruraux qui partent à la capitale et qui, là-bas, sont considérés comme des migrants, des moins que rien. La vie des agriculteurs chinois est loin d’être facilitée à Pékin et, bien souvent, ils ne sont pas propriétaires de leurs terres ce qui cause de gros soucis. Ce docu-fiction montre le combat de l’un d’eux qui tente de préserver sa maison pour sa famille car il n’a pas d’autre endroit où aller. C’est intéressant de voir ce aspect méconnu de la vie chinoise et c’est là que réside l’unique intérêt du film ce qui n’est pas anormal en soi puisque c’est formellement très classique.

La suite par contre était moins belle. C’est The Sister, film philippin qui était projeté. Autant dire que le souvenir ne sera pas impérissable. The Sister montre une tradition religieuse philippine (territoire très chrétien) qui n’est pas sans intérêt. Mais… La mise en scène est inexistante et, les images sont d’une laideur comme rarement vue. Un enfant de 10 ans avec une caméra DV ferait mieux.

Last but not least, nous avons enfin vu The Strangers. Des membres de l’équipe l’avaient découvert dès Cannes mais ce n’était pas le cas de tout le monde. Bref, inutile d’en ajouter par rapport à ce qui a déjà été dit précédemment, l’avis est quasiment unanime concernant ce film.

Extrait de The Strangers

Jour 3

La troisième journée fut, comme la précédente, bercée par du cinéma asiatique exclusivement avec deux grands noms que sont Hong Sangsoo et Kiyoshi Kurosawa. C’est lors de cette journée que s’est effectué le rattrapage de Creepy.

Autre réalisateur qui enchaîne les films, autre projet attendu. Il s’agit d’Hong Sangsoo et son Yourself and Yours qui était dans nos attentes de 2017 (vous pouvez retrouver l’ensemble des attentes ici). Hong Sangsoo reste généralement dans une même veine. Chacun de ses long-métrages a des similitudes dans la forme mais aussi le fond. Il s’agit très souvent de rencontres et de tensions. Il en est de même avec Yourself and Yours qui raconte la relation houleuse entre deux jeunes en couple. La raison du débat étant l’alcool dont la demoiselle abuse. Hong Sangsoo construit autour de cela une histoire poétique un peu atypique brillamment incarnée par les comédiens. Une critique complète devrait arriver sous peu.

Extrait de Yourself and Yours

Le second film de la journée c’était une bizarrerie sud-coréenne appelée Karaoke Crazies. Dire que le film nous a laissé circonspect n’est exagéré. Cela parle de beaucoup de choses. Trop de choses en fait. L’histoire se déroule, sans surprise, dans un Karaoke dont l’équipe est composée de personnes ayant moult problèmes. Il n’y a pas vraiment de fil rouge, le scénario s’intéressant plutôt aux histoires personnelles. Il y a bien l’un ou l’autre enjeu général mais c’est très ténu. Cela part dans tous les sens et on ne voit pas trop où le réalisateur veut en venir. Et au bout d’un moment, l’ennui s’installe.

Enfin, place au très attendu Creepy auquel une critique complète sera consacrée. On l’avait loupé au Fantasia de Montréal l’été dernier, autant dire qu’une semaine après avoir vu Le secret de la chambre noire, autre film de Kiyoshi Kurosawa qui débarquera prochainement dans nos salles, le fait de voir Creepy était un petit événement. Le métrage s’impose rapidement comme étant l’un des plus aboutis du metteur en scène japonais. La mise en scène est remarquable, le scénario fonctionne très bien et les comédiens sont talentueux. Le film n’est pas exempt de petits soucis et a quelques facilités dans sa dernière partie mais, dans l’ensemble, cela reste du cinéma de très grande qualité.

Extrait de Creepy

Jour 4

A la base, deux films étaient au programme mais, un souci de projecteur nous a empêché de voir Amerika Square. L’unique film de la journée fut donc L’Ornithologue de João Pedro Rodrigues. Le film, sorti en France fin novembre 2016, est une adaptation très libre de la vie de Saint Antoine de Padoue. Aux premiers abords, il s’agit juste d’un ornithologue qui se perd dans la nature pour mieux se découvrir mais, au fil du temps, les dimensions mystique et ésotérique prennent le dessus. C’est une oeuvre très étrange, qui divise très certainement mais, il s’agit d’une réelle expérience cinématographique avec une très belle proposition de cinéma. Qu’il plaise ou non, João Pedro Rodrigues montre qu’il sait y faire, qu’il a un point de vue cinématographique fort  et qu’il va au bout des choses.

Extrait de L’Ornithologue

Jour 5

Dernière journée pour nous mais le festival continue. Deux films étaient au programme. Le premier, Samir dans la poussière, est un documentaire intimiste d’un jeune algérien par son oncle, le réalisateur Mohamed Ouzine. Douzaine vit en France et est en visite sur sa terre natale. Le neveu s’interroge, semble largué dans la vie. Pendant une heure, Ouzine dresse le portrait de son neveu, entre fascination pour son pays, ses habitants et le côté familial. Le résultat laisse circonspect. On sent que Mohamed Ouzine ne savait pas trop où il allait avec ce projet. On dirait qu’il a bricolé un film avec les images à sa disposition. Ce n’est pas inintéressant en soi mais c’est vraiment déroutant.

Notre dernier film au festival fut Suntan, du grec Argyris Papadimitropoulos, qui sortira en France en mars prochain. C’est l’histoire de Kostis, un quarantenaire qui débarque sur l’île d’Antiparos pour en devenir le médecin. Si l’hiver est plutôt calme et morne, l’été, des milliers de touristes débarquent. Il va rapidement s’attacher à une groupe de jeunes, va sortir avec eux. Parmi eux, il y a Anna, de qui Kostis va tomber amoureux. Et ça va loin. Très loin. Trop loin même. Plus que de la Grèce, le film parle surtout de la jeunesse, de la vie d’insulaire, de l’amour et l’amitié bien sûr mais aussi de la sexualité et d’un train de vie débridé. Argyris Papadimitropoulos fait cela très bien mais, il faut dire qu’il bénéficie d’un sacré casting. La tête d’affiche est Makis Papadimitriou, un grand nom du théâtre et cinéma grec, aperçu l’année dernière dans Voir du pays. On y découvre également Elli Tringou, une jeune comédienne talentueuse. 

Dans l’ensemble, ce Black Movie fut une bonne surprise. Même si on peut toujours ne pas aimer certains film, il y a toujours quelque chose derrière qui fait qu’on comprend sa présence dans la programmation (sauf un, on ne s’en cache pas). Un grand merci à Pascal Knoerr et toute l’équipe du festival pour l’accueil qu’ils nous ont réservé.

Extrait de Suntan

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