Sacré Grand Prix du jury au dernier Festival de Cannes, Nuri Bilge Ceylan signe un film très particulier où l’histoire devient presque anecdotique au profit d’un métrage très long et néanmoins aussi exigeant. Explications sur un paradoxe déroutant.

 

Il était une fois en Anantolie, de Nuri Bilge Ceylan Affiche

Il était une fois en Anantolie, de Nuri Bilge Ceylan Affiche

 

Au cœur des steppes d’Anatolie, un meurtrier tente de guider une équipe de policiers vers l’endroit où il a enterré le corps de sa victime. Au cours de ce périple, une série d’indices sur ce qui s’est vraiment passé fait progressivement surface.

A Cannes, nous avions The Tree of Life et Melancholia. Question film déroutant, où le spectacle prenait le pas sur l’histoire, on ne savait pas franchement où l’on mettait les pieds. Avec Il était une fois en Anatolie, cette sensation refait surface. Sauf que si cela a fonctionné pour une belle majorité de critique et pour le jury cannois qui va lui décerner un étonnant Grand Prix, le film de Ceylan divise. On se retrouve donc avec un film qui, comme ses deux homologues, joue une carte physique étonnante, avec une maîtrise de l’objectif de caméra, des plans et de la technique de plateau, comme la lumière par exemple, ou l’utilisation du son. Il était une fois en Anatolie se découpe ainsi en deux parties. La première partie se déroule de nuit. Nous suivons une équipe de policier, avec un procureur et un docteur, sur les traces d’un corps que doit retrouver un tueur qui les accompagne. Sur la première scène de cette partie, la caméra de Ceylan reste immobile, suit le convoi de trois voitures qui s’arrêtent à une fontaine, endroit où pourrait se trouver le fameux corps. Des hommes sortent des voitures, on entend clairement les voix et distinguons les dialogues. Le grand intérêt de ce genre de scène, souvent répétée, c’est de montrer une grande maîtrise technique, un délice de cinéma à regarder et à décrypter. En filmant les décors vallonnés des steppes d’Anatolie, Ceylan fait de son décor naturel un atout majeur, même de nuit, en le mettant en avant de la plus belle des façons, du simple détail comme le captage du son (le vent, le bruit des cailloux ou de l’eau qui coule en torrent dans un ruisseau) ou l’utilisation de la lumière, notamment celle des phares et celle de la Lune. On se souvient notamment que Nuri Bilge Ceylan avait obtenu en 2008, à Cannes, le prix de la mise en scène pour Les trois singes.

Il était une fois en Anatolie, de Nuri Bilge Ceylan

Il était une fois en Anatolie, de Nuri Bilge Ceylan

 

Dans une seconde partie, Ceylan passe son action en mode jour, et précise un peu plus son histoire. Le tueur se remémore  de l’endroit où il a enterré le corps avec son acolyte. Ce dernier est découvert, et on quitte ces décors quasi désertiques pour aller en ville, pas plus vivante que le sont les vallées d’Anatolie.  Mais avec le retour de la lumière naturel du jour, on perd tout l’intérêt de la technique montrée dans la première partie de nuit. Il y a certes quelques plans fixes intéressants, mais vite répétitifs, et un travail sur la photographie. On se trouve donc face une seconde partie inégale, et qui n’a pas le même reflet que la première, beaucoup plus attrayante et presque excitante. Reste une histoire qui n’est dans l’ensemble absolument pas captivante. On se perd dans des bavardages inutiles, même si ces derniers permettent de connaître un peu les personnages durant ce road-movie de quelques kilomètres. Une pseudo philosophie soporifique, des paupières lourdes et des scènes qui se répètent à l’infini (celle de l’autopsie à la fin en est l’exemple), Il était une fois en Anatolie force à retenir ce qu’il y a de plus négatif. Certains critiques encensaient ce chef-d’œuvre physique, tandis que d’autres argumentaient autour de l’ennui qui règne autour de ces 2h30 de film. Il y a bien l’envie de retenir le plus positif, mais il faut bien admettre à la fin, que la première affirmation, qui sort de notre gorge sèche est : « Nuri Bilge Ceylan a probablement gagné son Grand Prix… celui des longueurs inutiles ».

 

Il était une fois en Anatolie, de Nuri Bilge Ceylan

Il était une fois en Anatolie, de Nuri Bilge Ceylan

 

 

L’avis : Il était une fois en Anatolie est un film physiquement attrayant. Un road-movie à travers les décors naturels d’Anatolie, formidablement bien mis en avant par la maîtrise de diverses techniques, de l’éclairage à base de phares de voitures jusqu’à la photographie d’un esthétisme rare. Paradoxalement, si la forme est définitivement attirante, il en ressort un processus répétitif, et le film de Nuri Bilge Ceylan, si beau soit-il, se retrouve très ennuyeux. D’autant que l’histoire n’est jamais captivante, mais plutôt lourde, pesante et bavarde, et manque véritablement de folie.

 

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