WAS HE SLOW ?

Chauffeur pour des braqueurs de banque, Baby ne compte que sur lui-même pour être le meilleur dans sa partie. Lorsqu’il rencontre la fille de ses rêves, il cherche à mettre fin à ses activités criminelles pour revenir dans le droit chemin. Mais il est forcé de travailler pour un grand patron du crime et le braquage tourne mal… Désormais, sa liberté, son avenir avec la fille qu’il aime et sa vie sont en jeu…

Depuis la réalisation de son premier long métrage A Fistful of Fingers il y a 22 ans, Edgar Wright élabore le scénario de Baby Driver, surement son projet le plus ambitieux à ce jour.  Reconnu pour son intérêt et ses références au film de genre et à la pop culture, on ressent ici son envie de s’adresser à un public encore plus étendu et pour cause : cette grosse production hollywoodienne lui permet de s’attaquer à une catégorie des plus spectaculaires, celle du film de gangster. Après la trilogie Cornetto (Hot Fuzz, Shaun of the dead, The World’s End avec les iconiques Nick Frost et Simon Pegg), il dépeint l’univers de Baby, un adolescent silencieux et mystérieux aux acouphènes prononcés qui, pour les amoindrir, écoute sans cesse de la musique à travers ses multiples appareils.

Wright choisi comme pour ces précédents films d’adopter le point de vue d’un outsider. En effet, Baby est doux comme un agneau et n’a rien à faire dans ce monde de brut. Malheureusement il doit payer sa dette auprès de Kevin Spacey alias Doc, orchestrateur de braquages féroces. S’ajoute à cela sa rencontre avec la belle Debra, interprétée par Lily James, qu’il veut tenir à l’écart de ses tumultueuses aventures, en vain. Malgré un casting sans faute (mention spécial à John Hamm alias Buddy le braqueur fou) on pourrait cependant reprocher au film un scénario relativement plat et prévisible. Baby, interprété par Ansel Elgort est peut être rapide et efficace mais il en résulte un personnage relativement neutre et sans grande conviction. La bande-son quasi-permanente du film (trente cinq chansons au total) rythme les aventures de Baby, chorégraphiées à la perfection. Le personnage éponyme se positionne comme un métronome, contrôlant en plus du volant, l’univers sonore et le destin même des personnages. Celui qui n’a l’air de rien au départ et dont ses partenaires braqueurs se moquent sans cesse parvient à tenir le spectateur en haleine tout au long du film. En passant d’Isaac Hayes à Simon et Garfunkel, cette bande originale apparaît comme une véritable bouffée d’air dans le paysage cinématographique. C’est également avec cela que Wright nous surprend, l’univers de Baby transparaît à travers ce qu’il écoute. Ce personnage peut être vu comme un alter ego du réalisateur, passant d’un genre à un autre tout en gardant une certaine linéarité et cohérence.

Comme à l’habitude du réalisateur, le montage extrêmement travaillé permet à Baby Driver de se ranger dans cette catégorie de film d’action hyper réaliste, réalisant des cascades époustouflante en prise de vues réelles. Baby, Buddy, Doc, Darling, tous les personnages arborent des surnoms, c’est aussi à travers ce point que le génie de Wright intervient. Il en vient à tourner en dérision ce genre même à travers l’appellation des personnages, dont on leurs découvre au final des prénoms des plus banals. L’ingéniosité du film réside dans son second degré permanent, les courses poursuites effrénées finiront par attendrir même les moins sensibles au  genre. Nous sentons également à travers Baby Driver que le cinéaste réalise ses plus grands fantasmes, admirateur de Phantom of the Paradise de Brian de Palma, il donne par exemple un rôle de trafiquant d’arme à Paul Williams dit « Le Boucher », apparaissant dans un costume blanc immaculé. Wright se fait plaisir, et ça se sent notamment dans les  influences principales qui irriguent le film entre The Driver de Walter Hill et Guet-Apens de Sam Peckinpah. Les plus attentifs pourront même entendre un caméo de la voix de Walter Hill dans les cinq dernières minutes du film.

Il est fort probable que Baby Driver réjouisse une bonne partie de son public, jouant avec les genres et son humour décapant, le réalisateur signe un de ses films les plus accomplies. Certains réalisateurs pourraient se perdre dans une grosse production hollywoodienne comme celle-ci. Pourtant, ce qui sauve Wright réside bien dans le fait qu’il fût aux commandes à la fois du scénario et de la réalisation. Après avoir côtoyé des policiers anglais afin d’aiguiser ces dialogues dans Hot Fuzz, le cinéaste interrogea de nombreux ex-détenues, braqueurs et malfrat pour préparer Baby Driver, tourné à Atlanta. A ce propos il déclara dans une interview pour le magazine Collider « I’ve never seen a city with more muscle cars in my life…and the crime. So it actually worked pretty well » (Je n’avais jamais vu une ville avec des voitures aussi énorme de ma vie … et autant de crime. Ça a donc plutôt bien marché).

Louise Gerbelle