Dirty Dancing.

Affiche français de The Fits d’Anna Rose Holmer

Toni, 11 ans, s’entraîne dans la salle de boxe de son grand frère.
Elle découvre qu’à l’étage au dessus, un groupe de filles apprennent une variante très physique du hip hop, le drill.
Attirée par leur énergie, leur force, leur assurance, Toni abandonne peu à peu la boxe pour la danse…

Présenté cette année au Festival de Deauville, The Fits avait reçu un accueil glacial lors de sa projection (c’est un des deux seuls films qui s’est fait légèrement sifflé avec Teenage Cocktail de John Carchietta donc suffisamment rare pour être signalé) tout en recevant le Prix de la Critique. Nous on est au milieu, d’un côté plutôt séduit par les quelques risques esthétiques que prend la réalisatrice Anna Rose Holmer mais d’un autre irrémédiablement froid face à une oeuvre trop sur la réserve, refusant en permanence de s’expliciter comme si elle avait peur que son oeuvre perde en profondeur. Résultat The Fits est un film plein de promesse, est parcouru de quelques fulgurances mais se révèle terriblement décevant.

Après une première partie poussive où la réalisatrice plante son décor avec beaucoup de minutie et de clichés un poil manichéens (une jeune fille est fascinée par la danse mais se voit traitée de garçon manqué par les autres filles car elle pratique la boxe), The Fits poursuit une trajectoire assez plaisante en s’enfonçant petit à petit dans l’étrange et le film de genre. Passé cette introduction d’un académisme assez mortel où la réalisatrice tisse les liens entre cette fille et son grand-frère (qui travaille dans le même collège) tout en accumulant les scènes convenues pour montrer qu’elle n’est pas heureuse en boxant et qu’elle veut faire du hip-hop, le film prend une tournure assez osée en changeant radicalement de registre, ce avec quoi Anna Rose Holmer semble être très à l’aise.
La dérive du réalisme pompeux vers un fantastique et une poésie banlieusarde fonctionne assez bien, d’un coup ces filles sont victimes de curieuses syncopes qui entraîne le club de danse vers une épidémie inévitable. Idée brillante qui offrait quelques belles pistes pour la suite mais malheureusement le film est bien trop répétitif, il répète le même schéma en boucle sans aucune variation narrative ou de mise en scène. Résultat The Fits reste un peu flou dans ses intentions, on voit bien qu’il crie sur tous les toits qu’il s’agit là une grande métaphore de l’adolescence, que ces convulsions ne sont rien d’autres que l’arrivée des règles mais on cherche encore à comprendre si il y a une autre symbolique sous-jacente. Bizarre vu l’âge de certaines filles que ce ne soit qu’une métaphore de la puberté mais si c’est le cas le film passe quand même après It Follows de David Robert Mitchell, monumental film horrifique sur le passage à l’âge adulte.

Le film se déploie tranquillement, semble en avoir constamment sous le coude et ainsi ménage ses effets mais là ou on attendrait que le film s’emballe, The Fits respecte religieusement sa rythmique. Les chorégraphies et la mise en scène d’Anna Rose Holmer sont millimétrées, la caméra presque toujours en mouvement mais jamais complètement libérée. C’est là tout le défaut du film, il y a des embryons d’idées partout mais rien ne se concrétisent à fond.
Même si le film a des idées de mise en scène qui nous ont littéralement coupé le souffle comme ces longues chorégraphies sans musique, avec simplement le son des mouvements et des corps contre le bitume qui sont des moments superbes, des stases d’une grâce imbattable. The Fits a tendance a trop rabâcher ses situations (elle s’entraîne au hip-hop sur un pont, une jeune fille fait une syncope, elle donne un coup de main à son grand-frère) sans jamais vraiment évoluer sinon en s’avançant vers son inexorable fin (étant une des plus jeunes de son groupe, ce n’est qu’une question de temps avant qu’elle soit touchée elle aussi) ainsi cette belle idée d’une puberté qui arrive dans un moment difficile, inattendu devient juste une finalité à atteindre. Le scénario est beaucoup trop dépouillé et prévisible pour tenir sur un format de long-métrage, or avec un montage plus dense rythmé par ces chorégraphies ça aurait vraiment pu être un excellent court-métrage.

The Fits est un premier film plein de promesse, qui regorge de belles idées mais aucune d’entre elles n’a le traitement qu’elle mérite. Anna Rose Holmer a d’indéniables qualités d’écritures qui font que son film parait très intriguant (on maintient que ce glissement vers le fantastique avec cette série de syncopes dans une équipe de hip-hop est passionnant) mais est plombé par d’autres facettes complètement sous-traitées. Le temps de quelques scènes, le film prend une autre dimension grâce charisme de son personnage principal (superbement interprétée par la jeune Royalty Hightower) et les facilités de mise en scène de sa réalisatrice. On y voit un gâchis, mais une belle promesse pour l’avenir.