Machine à tuer ?

Affiche de Robocop de Paul Verhoeven (1987)

Affiche de Robocop de Paul Verhoeven (1987)

Détroit est devenue un haut lieu du crime et seule la violence règne, les assassinats de policiers sont fréquents. La sécurité devient une affaire pour les businessmen qui présente un robot hyper perfectionné. Mais, suite à un accident, le projet est modifié.

Le titre est quelconque, le pitch tient en deux lignes, un homme porté pour mort est équipé d’une armure robotique et s’en va lutter contre le mal mais Paul Verhoeven parvient à faire quelque chose d’un peu plus intelligent qu’une énième série B en apportant une forte dimension crépusculaire à son oeuvre et en refusant les écueils du bien et du mal. Robocop évolue dans un mode ou le tout-industriel aux allures lisses côtoie le crime qui apparaît presque plus vivant malgré sa représentation systématique de la mort. Ce tout industriel finit par déteindre sur les Hommes, Murphy est un flic de publicité (il admet lui-même qu’il tire ses allures des films que regarde son fils, pour le rendre fier), résidant dans une maison de publicité. Lassé par une vie dangereuse, les protagonistes se déshumanisent petit à petit, le film apparaît alors comme un récit initiatique, un retour à une humanité certaine. Ainsi, Murphy va jusqu’à décéder, pour renaître en machine, enveloppe qui lui rappelle l’importance de ses origines.

Extrait de Robocop de Paul Verhoeven (1987)

Extrait de Robocop de Paul Verhoeven (1987)

L’histoire est simple mais criante, Verhoeven enchaîne les petites astuces pour rendre son oeuvre passionnante, utilise un léger cynisme et brosse un triste portrait d’une humanité en chute libre à travers des séquences chocs. Le scénario est bien ficelé, fait le job, les idées parlent d’elles-mêmes et sont utilisées au profit de la dramaturgie. Le personnage de Robocop est depuis devenu largement iconique bien qu’il ne monopolise pas systématiquement l’écran, c’est pour dire à quel point il aura marqué, se donnant des allures christiques pour guider des hommes à qui il ne reste plus grand chose de cette prétendue humanité. L’oeuvre ne tombe jamais dans le kitsch et reste concentrée sur ses objectifs et thèmes principaux pour offrir un spectacle divertissant, accessible à tous mais néanmoins très intelligent.

Enfin, les scènes cultes s’enchaînent tout comme l’humour noir, venu contribuer à l’ambiance désillusionnée du film. Philosophiquement, il y a de la matière à se mettre sous la dent, entre la violence (toujours très brute mais rarement gratuite) et les choix effectués par les personnages – le tout toujours très bien intégré à la narration et aux instants d’action.

Paul Verhoeven tire allègrement sur les pentes en roue libre de notre société et assassine (littéralement) les dérives de l’Homme dans un film culte, très agréable à regarder (de plus).