Rencontre avec le jeune casting flamboyant de Trois Souvenirs De Ma Jeunesse d’Arnaud Desplechin.

Peu de temps avant le début du Festival de Cannes, où le film est à la Quinzaine des Réalisateurs, Arnaud Desplechin et son casting sont venus présenter le film à Bruxelles où nous les avons rencontrés. Voici notre entretien avec Quentin Domaire et Lou Roy-Lecollinet, deux acteurs dont il faut retenir les noms car nous les reverrons très certainement dans le futur. Retrouvez ici notre entretien avec le réalisateur Arnaud Desplechin et ici notre critique du film.

Extrait de Trois Souvenirs De Ma Jeunesse d'Arnaud Desplechin (2015)

Extrait de Trois Souvenirs De Ma Jeunesse d’Arnaud Desplechin (2015)

Pouvez-vous commencer en expliquant votre parcours ?

 Quentin : Après le bac, j’ai fait une fac de physique que j’ai vite arrêtée afin de me payer des cours de théâtre pro au cours Simon à Paris. A la fin de ma première année, ma prof de théâtre m’a parlé d’un casting qui, elle pensait, pouvait être pour moi. C’est là-dessus que je suis arrivé sur le film. Le casting s’est fait en 3-4 fois. Premier rôle, premier casting, premier tournage, premier tout.

Il n’y avait pas trop de stress de commencer avec un réalisateur comme ça ?

Quentin : Si si si. Pour tous c’était pareil, on était inexpérimentés. Stress mais, en même temps, c’est rassurant de voir qu’un réalisateur pareil te dise « je te veux toi ». Ca rassure.

Et pour toi Louise ?

Louise : J’ai passé mon bac l’année dernière. J’étais en option théâtre et je me dirigeais plus vers la mise en scène et la création de spectacle. J’avais déjà joué mais je n’avais pas particulièrement envie d’être actrice. Mon prof au théâtre du lycée nous a dit qu’un casting nous correspondait et il nous a encouragé à y aller. Du coup j’y suis allée sans trop d’attentes puisqu’on était à plusieurs de la classe et c’était sympa. J’ai eu beaucoup de chance parce que le jour où j’y suis allée, j’ai passé le casting avec Arnaud. Normalement c’est le directeur de casting mais là c’était Arnaud. On a discuté 5 minutes puis il m’a fait passer les essais lui-même avec son premier assistant. Je crois que ça lui a plu. Après j’ai passé deux autres essais ensuite, avec Quentin et ça s’est fait comme ça.

Quelles étaient vos attentes par rapport à cette première expérience au cinéma ?

Quentin : On attendait tout.

Louise : On n’attendait rien.

Quentin : Le scénario, la première fois que j’ai lu ça, j’ai trouvé ça très froid. Vraiment on attendait tout. D’Arnaud,…

Louise : En fait comme on ne savait rien, on attendait quelque chose sans savoir quoi. On attendait de découvrir surtout je pense.

Quentin : Ouais. Je ne me doutais pas que ça pouvait être comme ça. Puis j’attendais de voir comment il (Arnaud NDLR) allait me diriger par rapport au personnage d’autant plus que les personnages ne sont pas faciles à choper. Enfin si, il y a un truc que j’attendais quand même. Comme je viens plus du théâtre, j’attendais de voir les différences de jeu, ce que ça pouvait donner. J’étais curieux.

Vous parliez du scénario, ça semblait très très écrit, très littéraire. Ce n’était pas une difficulté.

Louise : Si. On sent que le scénario avait une vraie puissance et un vrai poids et il fallait être à la hauteur de ce texte là qui est très écrit et littéraire mais il faut aussi le « délittératuraliser », à le rendre accessible. C’est assez subtil. C’est tout là le génie d’Arnaud.

Quentin : Oui, c’est là qu’il a su nous diriger. Ce genre de texte, il faut justement le lire très simplement. C’est surtout une peur qu’on a du truc mais, en même temps, quand le texte est riche, c’est un soutien. Il y a des points de repères. C’est pas facile mais ce n’est pas si… Enfin, quand on faisait des trucs, Arnaud était satisfait donc nous aussi. Roule ma poule.

Louise : Il fallait arrêter de se poser des questions, si on était bons ou pas. On a fait confiance à Arnaud puis ne plus se poser de questions.

Quentin : Quand j’étais en cours de théâtre, j’avais justement des cours où il fallait réciter des poèmes, apprendre à les restituer. J’étais donc beaucoup dans ces interrogations là de comment bien dire un texte. C’était donc assez logique, c’était le même boulot.

Extrait de Trois Souvenirs De Ma Jeunesse d'Arnaud Desplechin (2015)

Extrait de Trois Souvenirs De Ma Jeunesse d’Arnaud Desplechin (2015)

Comment avez-vous travaillé le texte ? Comme on a dit, il est assez compliqué. Vous avez fait beaucoup de répétitions, vous avez joués entre vous, des séances avec Arnaud ?

Quentin : Justement un petit peu mais pas beaucoup. Sur des scènes très précises mais… Le musée.

Louise : On a fait des lectures complètes du scénario sans vraiment jouer. Je pense que c’était déjà pour rassurer Arnaud, en général il ne fait pas de répétitions. Puis, pour nous, c’était pour apprivoiser le texte. Si une phrase ne venait pas dans notre bouche, quand Arnaud la dit ça prend tout son sens. Parce qu’il parler comme ça dans la vraie vie. Après, c’est vrai que toi (en parlant à Quentin), la scène du musée ou des scènes un peu plus lourdes, elles ont nécessité des répétitions.

Quentin : Le train aussi. En termes de préparation, il y avait des trucs précis comme ça mais, en soi, on était nous même surpris de voir à quel point il essayait des choses. Il n’y a pas d’improvisation, le texte est comme il est, on n’y touche pas trop. Mais nous on était beaucoup en attente de lui et, étonnamment, c’était lui qui était beaucoup en attente de nous. Ca a créé des situations marrantes mais on a été surpris de voir la liberté qu’on avait. En tant que directeur d’acteurs, il accompagne beaucoup. Il n’est pas du genre à donner…

Louise : Ce ne sont pas des consignes qu’il donne.

Quentin : Oui voilà. Ce ne sont pas des consignes. Il n’est pas là en train de frustrer, de bouleverser. Il accompagne. On a notre truc, il ne veut pas trop y toucher.

Louise : Il indique. Avant une scène il nous dit « je sais ça, ça et ça, le reste, je ne sais pas, vous faites ». Puis pendant la scène il va dire « ah ça j’ai trouvé ». On trouve ensemble en fait.

Quentin : « Ta phrase a terminé dans les aigus ». Des trucs très précis.

Louise : Le reste il s’en fiche. Tout prend sens avec la phrase. Vu notre inexpérience, le texte résonne innocemment dans notre bouche.

Les personnages sont assez particuliers. Comment les avez-vous abordés ?

Quentin : Desplechin, je ne le connaissais pas. Je ne suis pas cinéphile, du coup je me suis farci tous ses films. Forcément, je me suis beaucoup reposé sur Comment Je Me Suis Disputé et, en fait ce n’est pas forcément ce qu’Arnaud voulait. Il ne m’a jamais demandé de le regarder mais moi ça a d’abord été par là. Du coup j’ai été voir ce que le Popol était à la base. Ca a vite résonné sur le boulot que je faisais déjà avec le texte. Ce que j’ai découvert sur le cinéma c’est que c’était beaucoup une histoire de collaboration avec le réalisateur. Etonnamment, la préparation il n’y en avait pas contrairement au théâtre. Tout se faisait sur l’instant. On travaillait tous les deux sur le personnage. Quand je voulais amener quelque chose, parfois il me disait que ça n’allait pas. Ce sont beaucoup des discussions. Il nous a montré des films. Il nous a montré Baisers Volés de Truffaut pour le jeu désincarné de Léaud. Les personnages qui sont très romanesques, où il y a pas mal de mystère autour, il n’y a pas besoin de trop délimiter. C’est pour ça que je reviens plutôt sur comment jouer le personnage plutôt que de savoir qui c’est. J’ai Arnaud qui m’explique bien le truc et le texte qui me donne des points de repères.

Vous dites que vous avez regardé les anciens films. Il n’y a pas eu de tentation de s’inspirer du jeu de Mathieu Amalric ?

Quentin : Ouais c’est vrai. C’est ce que j’avais eu tendance à faire et Arnaud ça ne l’a visiblement pas dérange mais à aucun moment il ne m’a poussé là dedans. Quand j’ai vu que ça lui suffisait et qu’il ne fallait surtout pas en rajouter, je me suis dit que ce n’était pas la peine d’aller plus loin. Mais oui, j’ai un peu calqué.

Arnaud Desplechin et Quentin Dolmaire pendant le tournage de Trois Souvenirs De Ma Jeunesse

Arnaud Desplechin et Quentin Dolmaire pendant le tournage de Trois Souvenirs De Ma Jeunesse

Tu as rencontré Mathieu Amalric avant ? Vous avez un peu collaboré sur le personnage ?

Quentin : Non du tout. Je crois qu’Arnaud voulait garder deux entités séparées. C’était le début de la fin de commencer à les mélanger.

Lou : De toute façon, lui-même est un pilier pour Mathieu comme pour Quentin j’ai l’impression.

Quentin : Oui voilà. Puis on ne joue pas tout à fait le même Paul. Ce n’est pas tout à fait la même personne donc ça n’avait pas de sens. Ce n’est que depuis la promo qu’on le côtoie un peu. On l’avait juste croisé une fois à Paris pendant le tournage, on avait eu une discussion et c’était tout.

Le fait que ça soit un préquel a-t-il changé quelque chose dans votre approche ?

Quentin : Ahhh.

Lou : Au début s’est posée la question de savoir si on avait le poids d’un héritage sur les épaules. Surtout que c’est un film qui est un peu culte pour une génération. Un film qui a révélé Arnaud, qui a révélé Mathieu, qui a révélé Emmanuelle Devos,… Du coup, la question s’est posée après, Arnaud ne nous en parlait pas et les deux films sont indépendants. On s’est rendu compte que maintenant c’était nous. Il y avait l’autre film, les autres acteurs,… Maintenant c’était à nous de nous l’approprier avec notre génération même si le film se passe dans les années 80. Ce n’était pas ça qui était important. On avait besoin de transmettre des émotions intemporelles. On n’avait pas besoin de s’inspirer ou de copier et d’avoir comme une épée de Damoclès au dessus de la tête. C’était assez indépendant.

Quentin : Je pensais qu’il y avait un espèce d’héritage. Qu’il fallait tenir le truc. Il s’avérait que non tout simplement.

Comment avez-vous travaillé vous deux ? Vous avez quelques scènes assez intimes, c’est un premier film pour chacun de vous deux. Ce n’était pas trop angoissant ?

En chœur : Si.

Lou : On a fait tous les premiers en fait.

Quentin : Toute la bande de jeunes, tous les acteurs étaient comme nous, inexpérimentés. C’est ça qui était bien. Je n’étais pas seul, les autres non plus donc on s’est vite soutenus.

Lou : Toutes les scènes étaient sources d’angoisse puisque tout était mystérieux. Il y avait la nudité et le fait qu’il avait des choses intimes. Mais en vrai, il n’y a pas que les scènes de lit où je suis nue dans ce film et j’ai commencé à m’habituer à un moment. Après, Arnaud est assez pudique et il n’avait pas envie de quelque chose de malsain et envie de cul. Il avait envie d’un amour physique ce qui est différent. Du coup, il avait cette délicatesse de nous montrer que c’était important et de respecter le stress qu’on pouvait avoir. On a répété les chorégraphies, nous a parlé de chaque plan. On a fait des répétitions et tout ce qui était technique était réglé, on avait plus qu’à jouer. (Elle s’adresse à Quentin) On a fait quoi ? Deux prises à chaque fois ?

Quentin : Oui c’est ça.

Lou : Ah non, la deuxième on l’a faite un peu plus. Mais la première c’était deux prises. Donc ça a été très efficace et on a réussi à bien se poser et tout a été. Parce que pour nous c’est gênant, ça fait peur, mais pour toute l’équipe aussi. Ils n’ont pas forcément de voir deux jeunes de 18 ans entre eux. C’était curieux.

Quentin : Puis ils ont une angoisse qu’il y en ait un qui le prenne mal. L’angoisse n’était pas vraiment là. On a été très surpris. On a eu à faire à des gens concernés. Tout le monde était emmerdé. Ca fait plus peur mais ce n’est pas le plus difficile parce que l’objectif était clair et on était tous dans la même galère.

Extrait de Trois Souvenirs De Ma Jeunesse d'Arnaud Desplechin (2015)

Extrait de Trois Souvenirs De Ma Jeunesse d’Arnaud Desplechin (2015)

En parlant de stress, c’est bientôt Cannes (l’interview a eu lieu 2 semaines avant la projection cannoise du film NDLR).

Lou : C’est pas de stress. C’est comme tout le reste. Comme tout était un mystère, on est en mode découverte.

Quentin : Après, Cannes, tout le monde nous le présente comme un truc bien, il va faire beau.

Lou : Il parait qu’il pleut tout le temps. La conclusion c’est qu’on verra ce que c’est.

Quentin : On va voir ce que c’est. Mais ouais, ça fait flipper un peu mais ça fait plus du bien que flipper. Je sais pas toi Lou mais, Cannes, je suis très content. Premier long-métrage, on va au festival, c’est cool.

Lou : Oui, c’est un plaisir d’aller présenter ce film. On est fier. On est une bande de potes donc on est trop content d’y aller ensemble présenter notre film. On sera bien habillés, on sera tous beaux. En plus comme on s’est tous bien entendus, c’est aussi un plaisir de revoir tout le monde et de défendre le film. C’est vrai que c’est un peu stressant mais le film est fait, il va vivre sa vie. Il n’est même pas en compétition en plus, c’est la Quinzaine (des Réalisateurs NDLR) donc voilà. On le présente, on est fier. C’est un aboutissement.

Quentin : Puis bon, le cinéma. Il y a un casting, le tournage commence, il y a une fête de fin de tournage à la limite, puis la promo. Le début et la fin ce n’est pas clair. Du coup, les festivals ça permet de faire exister le truc un peu plus fort. Ca fait du bien.

Lou : C’est une belle conclusion après avoir passé un an avec ce film.